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Publié le 12/06/2018

LE PROFESSEUR KAMEL BOUZID À SON RETOUR DU CONGRÈS DE L’ASCO À CHICAGO

“Les Algériens n’auront pas accès aux avancées thérapeutiques”

 
Le professeur Kamel Bouzid. © D.R.
 

L’immunothérapie n’est pas encore disponible en Algérie. Six patients ont pu en bénéficier en l’achetant en Turquie et au Maroc, sur fonds propres s’entend.

Le 54e Congrès de la Société américaine d’oncologie clinique (Asco) tenu à Chicago, du 1er au 5 juin, s’est terminé par l’annonce de grandes découvertes dans le traitement et surtout le diagnostic des cancers. Et parmi les résultats définitifs des recherches, le recours à l’intelligence artificielle dans la détection de mélanomes (cancers de la peau) et les biopsies liquides pour le diagnostic des cancers solides (notamment du sein et des poumons à ce stade de la recherche) à leurs débuts.
Le professeur Bouzid, qui a participé à cet événement mondial, explique à Liberté : “Les biopsies liquides sont des prélèvements de sang, donc beaucoup moins agressives pour les patients que les biopsies chirurgicales ou par endoscopie. L’intelligence artificielle (AI) est l’association de nouvelles techniques d’imagerie et d’un logiciel permettant de se montrer supérieur à des dermatologues dans le diagnostic précoce des mélanomes.”
Les résultats des recherches et des expériences, présentés au congrès de Chigaco, montrent que le score de la machine était de 95% de mélanomes détectés sur de simples images, alors que celui des médecins était de 87% lorsque les photos n’étaient accompagnées d’aucun détail et de 89% lorsque l’âge et le sexe du patient, ainsi que la position de l’anomalie étaient fournis. oLa biopsie liquide permet de déceler les cancers du poumon ou du sein en cherchant l’ADN tumoral dans le sang. Par-ailleurs, il est désormais permis d’épargner aux femmes, atteintes d’un cancer du sein découvert à un stade précoce, les contraignantes séances de chimiothérapie.
“On utilise des panels de marqueurs moléculaires comprenant 40 (oncotype DX) à 70 (mammaPrint). Ce panel permet de mesurer le risque de récidive sur une échelle de 0 à 100. Quelques patientes algériennes commencent à en bénéficier”, affirme notre interlocuteur.
Autrement, la chimiothérapie disparaîtra progressivement de l’arsenal thérapeutique au profit des thérapies ciblées, principalement l’hormonothérapie (traitement qui consiste à empêcher l’action stimulante des hormones sur les cellules cancéreuses) et l’immunothérapie (un traitement qui vise à mobiliser les défenses immunitaires du patient contre sa maladie). Le chef de service d’oncologie médicale au CPMC indique que l’hormonothérapie “est disponible dans le pays, dans toutes ses lignes, soit quatre dans le cancer du sein et trois dans le cancer de la prostate”. Elle est prise en charge pour les affiliés et leurs ayants droit à la Caisse nationale des travailleurs assurés sociaux (Cnas). Par contre, l’immunothérapie n’est pas encore disponible en Algérie. “Quelques patients, six précisément, ont pu en bénéficier en l’achetant en Turquie et au Maroc”, signale le praticien. “Un seul médicament de cette classe a été enregistré le 7 janvier 2018, mais son acquisition se heurterait à des problèmes budgétaires”, poursuit-il. L’Algérie pourrait-elle réellement profiter des nouvelles avancées thérapeutiques et de diagnostics ? “Pour le moment, non”, répond catégoriquement le professeur Bouzid.
“Il s’agit de pertes de chances pour les patients algériens. Le motif invoqué est le coût (2 600 €/flacon de 100 mg). Or, en 2006, nous avons commencé à utiliser une thérapie ciblée dont le coût est de 6 000 euros par mois pour des durées dépassant 5 ans”, rapporte-t-il avec un certain dépit. Lui et ses confrères n’ont de cesse de dénoncer le blocage de l’enregistrement et même de l’autorisation d’utilisation temporaire des traitements oncologiques innovants, depuis deux ans.

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