A la une / Actualité

Publié le 09/10/2018

PROFESSEUR M. MAAOUI, SERVICE DE CHIRURGIE À L’HÔPITAL BACHIR-MENTOURI DE KOUBA

“À l’errance des malades, se greffe celle des médecins”

Résultat de recherche d'images pour "hôpital bachir mentouri de kouba"

Liberté : Les hôpitaux sont de plus en plus assimilés à des mouroirs. Comment vivez-vous cette situation ?

Le Pr M. Maaoui : Ne désigner que l’hôpital serait très réducteur et dédouanerait trop généreusement l’ensemble des facteurs qui concourent à ce marasme. D’abord, il existe un quiproquo qui impose de définir ce que l’on propose “au peuple” : la santé ? La médecine pour tous ? L’accès aux soins ? Quels soins ? De premier niveau ? De haut niveau ? L’État a le choix entre la prévention et le traitement. La première attitude exige une politique au long cours, nécessitant le concours de tous. Elle est souvent discrète, mais peu coûteuse et finit régulièrement par être payante. La seconde attitude du “tout thérapeutique” exige plus de moyens, avec des résultats qu’on peut médiatiser comme spectaculaires et positifs.

Comment en est-on arrivé à ce niveau de marasme ?
Une partie de la réponse réside dans le recours à une stratégie insuffisamment orientée en amont vers la prévention. Y remédier soulagerait grandement le volet du “tout thérapeutique”. Les économies ainsi réalisées pourraient être distribuées de manière plus rationnelle à des hôpitaux de référence, moins nombreux, mais autrement plus efficaces. La carte sanitaire doit être étudiée de manière ciblée parce que l’épidémiologie ainsi que le mode de vie des populations, inégalement réparties sur le plus grand pays d’Afrique, ne sont pas les mêmes.  

Des Algériens meurent dans les hôpitaux de maladies bénignes. Quel est votre commentaire ?
Dans le Nord, en sus des maladies infectieuses, dont certaines font des résurgences aussi spectaculaires qu’inquiétantes (peste à Oran, rougeole qui était pourtant en voie d’éradication, paludisme, choléra récemment), se surajoutent sur les Hauts-Plateaux des pathologies parasitaires sous forme  d’anthropozoonoses liées essentiellement à une hygiène animale et humaine calamiteuse. La leptospirose, par exemple, est une maladie que l’on connaissait depuis toujours en Algérie, mais à des taux acceptables et décents. On la rencontre désormais presqu’au quotidien ! Elle se manifeste notamment par une jaunisse, et son agent est véhiculé… par l’urine de rat ! Enfin, dans le Sud, à la population disséminée se posent les problèmes des maladies tropicales et ceux des MST (maladies sexuellement transmissibles), ou encore ceux des MTH (maladies à transmission hydrique), ceux liés à l’ophtalmologie (trachome) à côté des maladies congénitales liées à l’endogamie, et ceux, plus spécifiques, des envenimations scorpioniques. Je viens de citer quelques exemples de “maladies bénignes” qu’on peut qualifier ainsi quand elles sont isolées et sporadiques. Lorsque leur prévalence atteint des seuils aussi élevés que ceux qu’on observe actuellement, la situation devient inquiétante.

Que pensez-vous de l’errance des malades et du malaise du corps soignant ?
À “l’errance” des malades, se greffe maintenant celle des médecins qu’on déplace régulièrement pour soigner plus l’image de marque des autorités locales que réellement les patients. Les problèmes que vous soulevez ne relèvent pas de facteurs “techniques”. C’est un vrai problème de société qui mérite un débat franc, loin de toute contrainte politique ou idéologique.
Je vous donne un exemple. Les peaux de mouton  qui traînent encore dans certains quartiers et qui expliquent en partie la récente épidémie de choléra. La médecine intervient en aval que lorsque toutes les conditions de bonne santé ont été transgressées en amont.

In fine, les étiologies des différentes pathologies recensées en Algérie peuvent se rencontrer partout avec des zones préférentielles, touchant des populations inégalement réparties. Comment les gérer ? Ce n’est certainement pas en multipliant des hôpitaux, sommairement équipés. La solution n’est pas non plus dans la répartition arbitraire et exclusivement administrative de résidents… Dans le cadre d’un aménagement du territoire pertinent, les structures sanitaires dans le Nord et les Hauts-Plateaux peuvent être maintenus telles quelles, au prix de certains aménagements.
Pour le Sud, il faut de vrais CHU à l’Ouest (Béchar), au Centre (Adrar), à l’Est (El-Oued) et au Grand-Sud (Tamanrasset). Il serait contre-productif de multiplier les hôpitaux pour avoir une activité sporadique. Les médecins, qui auraient l’équipement, peuvent exercer leur métier sans subir l’affront régulièrement répété de collègues (parfois des camarades de promotion restés dans le Nord).

Nombre de clicks: 4

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *