A la une / Actualité

Publié le 14/06/2017

L’ESSOR DE L’INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE ALGÉRIENNE FREINÉ

L’importation bloque la production nationale

 

 

Le cadre juridique et réglementaire qui régit l’activité, de l’enregistrement du médicament jusqu’à son autorisation de mise sur le marché, met sur un pied d’égalité le produit importé et celui fabriqué localement.

Des observateurs très au fait du secteur de la pharmacie reconnaissent que la rupture des approvisionnements constatée sur le marché du médicament ne concerne pas les produits fabriqués localement. En tout cas, le président du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens (Cnop), le Dr Lotfi Benbahmed, cite parmi les produits manquant où en “insuffisance d’approvisionnement chronique” l’exemple de ceux utilisés pour des examens ophtalmologiques, les corticoïdes en injectable de même que ceux destinés aux traitements en oncologie et en diabétologie.
Il se trouve que tous ces produits sont essentiellement importés et issus de laboratoires étrangers, révèle une source proche du dossier. Celle-ci demande à ce que cette liste de médicaments concernés soit rendue publique et que les pathologies pour lesquels ils sont destinés soient également identifiées. En termes plus clairs, la production nationale, qui couvre actuellement plus de 55% des besoins de l’Algérie, confirme ses capacités et s’attelle progressivement à réaliser l’objectif de couverture de 70% de la demande nationale, fixé par le gouvernement.
Cependant, la situation qui prévaut présentement dans le secteur ne va pas dans le sens de la promotion de l’industrie pharmaceutique nationale. Le cadre juridique et réglementaire qui régit l’activité, de l’enregistrement du médicament jusqu’à son autorisation de mise sur le marché, met sur un pied d’égalité le produit importé et celui fabriqué localement.
Or, la conjoncture actuelle devrait en principe pousser les pouvoirs publics à favoriser davantage le médicament made in Algeria. Si l’on encourage l’industrie locale, l’on pourra réduire la facture des importations et faire des économies en devises en cette période de crise. Mieux, si l’on avantage le produit local, l’on préservera l’emploi à des dizaines de milliers de personnes et l’on maintiendra en vie une centaine d’entreprises qui ont investi des sommes colossales pour concrétiser leurs projets industriels.
Ces PME continueront à créer de la richesse et contribueront de manière effective dans la relance de l’industrie, en particulier, et de l’économie nationale, en général. Ces milliers de postes de travail créés consolideront encore plus, avec leurs cotisations, les caisses de la Sécurité sociale. Les laboratoires d’outre-mer, quant à eux, rempliront les caisses de leurs pays respectifs.
Une chose est certaine, les plus gros montants dépensés par les caisses de la Sécurité sociale pour le remboursement concernent, précise notre source, les médicaments importés. Face à la crise, la production nationale peut constituer une des solutions, estime le président du Cnop. Pour peu que celle-ci soit soutenue notamment en termes de prix où une baisse à l’enregistrement est souvent consentie par ces producteurs.
Ce qui fragilise davantage ces industriels et risque de les contraindre à fermer leurs usines. “Il ne faut pas se retrouver un jour avec une centaine d’unités de production qui mettra la clé sous le paillasson à cause d’un seuil de rentabilité non atteint ou des crédits octroyés initialement suivant un niveau de prix bien précis mais qui, depuis, a changé”, relève le Dr Benbahmed. Plus explicite, il déclare que dans l’enregistrement des médicaments, la production nationale est largement défavorisée par rapport à l’importation. L’enregistrement à l’importation s’effectue en euro et les prix sont réévalués en fonction de la dévaluation du dinar.

Le médicament local défavorisé
Or, les médicaments fabriqués localement sont enregistrées en prix sortie d’usine, c’est-à-dire en dinar, et ne sont jamais réévalués depuis au moins une dizaine d’années, précise le Dr Lotfi Benbahmed. Cela étant, l’érosion du pouvoir d’achat du citoyen demeure un facteur qui dissuade les autorités à réfléchir à une augmentation du prix du médicament. Tout en prenant en compte ce paramètre, les producteurs avouent que “dans notre situation, l’augmentation des prix est économiquement justifiée, car on ne peut continuer à produire à perte. Ce sont les tarifs les plus bas des pays du pourtour méditerranéen”. Les hauts responsables du secteur ont l’épée de Damoclès au-dessus de leur tête pour réaliser des économies en cette période de crise. Ils sont tenus de réduire certaines dépenses. Néanmoins, cela ne doit pas se faire au détriment de la santé du malade. Et si l’on maintient les restrictions dans les importations de matières premières utilisées dans la production locale, l’on mettra en difficulté la centaine de laboratoires algériens qui renforcent l’émergence d’une industrie pharmaceutique en Algérie.
Outre le problème de matières premières, l’on signale également l’augmentation en 2017 des prix de l’analyse de conformité et de l’enregistrement des médicaments. Les pouvoirs publics assignent aux producteurs locaux l’objectif de porter à 70% la couverture des besoins en médicament, mais une telle perspective ne pourra pas se réaliser si les restrictions sur l’achat des matières premières persistent.
En revanche, les autorités doivent importer utile. Que les programmes des importations soient dépourvus des produits de confort, tels que les soins de beauté, les crèmes pour la peau, les compléments alimentaires, les sirops végétaux, les fortifiants… qui ne font qu’alourdir la facture. Si l’on décide d’éliminer cette gamme de produits, l’on pourra économiser jusqu’à 30% du coût des importations, indique un des opérateurs.

Nombre de clicks: 8

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *