Cancer : un « vaccin » contre le mélanome découvert chez la souris

    mélanome

    L’ajout d’un adjuvant à une immunothérapie existante a permis de passer de 20%…à 100% d’efficacité contre le mélanome chez la souris, d’après une « nouvelle étude ». Encore mieux, les souris ainsi traitées seraient immunisées contre une rechute.

    Un« vaccin » contre certains cancers, c’est possible ? Selon des chercheurs américains, oui ! Ils ont en effet montré que l’ajout d’une molécule adjuvante particulière à une immunothérapie existante permettait de passer de 20%… à 100% de taux de réponse chez des souris atteintes de mélanome. Bonus : après guérison, le mélanome ne pouvait plus être réintroduit chez les souris, qui semblaient s’en débarrasser spontanément, comme le ferait un vaccin. Les résultats sont publiée dans la revuePNAS.

    « VACCIN ». Un vaccin est défini par l’immunisation de l’organisme contre un antigène (fragment d’agent extérieur reconnu par le système immunitaire) grâce à l’inoculation d’une forme atténuée ou inactivée de cet antigène. Ici, il s’agit bien d’une immunisation, mais pas en administrant un fragment cible de la cellule cancéreuse afin qu’elle soit mieux attaquée par les cellules immunitaires. Au contraire, l’objectif de cette immunothérapie est d’empêcher une forme de contact entre la cellule cancéreuse et la cellule immunitaire. Il ne s’agit donc pas d’un vaccin au sens strict du terme, mais plutôt d’une immunothérapie curative et préventive.

    MÉLANOME. Le mélanome est le plus grave des cancers de la peau. Chaque année en France, 7.000 nouveaux cas de mélanomes sont diagnostiqués, contre 60.000 carcinomes (forme la plus guérissable de cancer de la peau), d’après la Ligne contre le Cancer. « 50 à 70 % des cancers de la peau sont ainsi directement liés à une surexposition aux rayons UVA/UVB« , précise la Ligue. Conséquence : « le mélanome est le plus dangereux de tous les cancers de la peau car il peut se généraliser » et « représente la première cause de mortalité des femmes de 25 à 29 ans« . Cependant, lorsqu’il est traité précocement, 90% des mélanomes peuvent être guéris. 

    Quand la cellule cancéreuse inactive la cellule immunitaire… Au lieu de se faire détruire

    L’obstacle principal au développement d’un vaccin contre le cancer en général est qu’il existe de multiples formes de cancer, et qu’il n’est donc a priori pas possible d’identifier une cible commune à tous les cancers et contre laquelle diriger un éventuel vaccin. Cependant, des mécanismes peuvent se retrouver entre certains types de cancer. Ainsi, le mélanome et certains cancers du poumon utilisaient tous les deux un moyen similaire d’échapper aux défenses immunitaires de l’organisme. En effet, afin d’identifier la cellule maligne à détruire, les cellules immunitaires se fixaient sur un récepteur (nommé PD-1) à la surface des cellules tumorales à l’aide de leur propre récepteur (nommé PD-L1). Mais au lieu de mener à la destruction de la cellule anormale, c’est la cellule immunitaire qui en ressortait inactivée ! Ainsi, depuis 2014, des médicaments ont pour cible l’un ou l’autre de ces récepteurs. En se fixant dessus, les anticorps contenus dans le produit empêchent l’interaction de se faire, permettant au système immunitaire de rester efficace face à la tumeur.

    100% de survie et une immunisation contre le mélanome 

    Cependant, seuls 20% environ des patients répondent à ces thérapies, d’après les auteurs des nouveaux travaux. Selon eux, ce serait probablement en raison d’un trop faible nombre de cellules immunitaires activées et prêtes à agir. Ils ont donc eu l’idée d’ajouter une molécule adjuvante, la Diprovocim, qui a la capacité de se lier aux cellules immunitaires pour les activer. Les adjuvants sont notamment utilisés en vaccination pour en augmenter l’efficacité en stimulant ou renforçant les défenses immunitaires. Les chercheurs ont alors réparti des souris atteintes d’une forme particulièrement agressive de mélanome en trois groupes. Le premier recevait le traitement anticancéreux anti-PD-L1 seul, le second recevait en plus le Diprovocim, et le dernier bénéficiait de l’anti-PD-L1 avec un autre adjuvant (alun).

     

    Résultat, au bout de 54 jours le groupe avec le Diprovicim a montré un taux de réponse spectaculaire de… 100% ! Ainsi, toutes les souris de ce groupe ont non seulement répondu au traitement, mais ont même guéri du mélanome. Dans les autres groupes, le taux de survie était nul chez les souris ayant reçu uniquement l’anticancéreux et de 25% chez les souris ayant reçu le traitement anticancéreux avec de l’alun. Encore mieux : lorsque les scientifiques ont essayé de réintroduire la tumeur chez ces souris, « cela ne prenait pas« , explique dans un communiqué le chercheur Dale Boger, qui a co-dirigé ces travaux, « l’animal était vacciné« .

    De plus, le Diprovocim n’avait pas besoin d’être injecté directement sur le site de la tumeur et s’administrait par injection intramusculaire. La vaccination nécessitait deux doses administrées à sept jours d’intervalle. Il reste cependant encore à reproduire ces résultats et à tester l’effet de ce produit sur l’être humain. Cependant, les chercheurs prévoient d’abord de réaliser d’autres tests précliniques (sur les animaux) avec ce traitement et d’étudier son fonctionnement en association avec d’autres actions du cancer.

    A noter également dans les limites de l’étude, les chercheurs ont reconnu avoir des intérêts financiers dans l’entreprise Tollbridge Therapeutics, qui possède le Diprovocim.

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