Dépression : la protéine de l’espoir

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    Des chercheurs ont identifié une protéine-clé dans la modification du comportement. Elle pourrait aider à améliorer les traitements de la dépression

    La dépression, maladie psychiatrique la plus fréquente, touche plus de 2 millions de personnes chaque année en France. Si elle se traite bien dans la grande majorité des cas, les stratégies thérapeutiques actuelles restent encore inefficaces chez un tiers des patients, qui risquent des rechutes et des complications sévères. Mais il y a désormais une lueur d’espoir pour eux. Elle provient des résultats d’une collaboration entre plusieurs équipes* du réseau de la Fondation FondaMental, publiés ce lundi 7 mai dans la revue scientifique Nature Medicine.

    Les chercheurs ont travaillé sur la protéine Elk-1, qui joue un role important dans le modification des émotions et du comportement. Les variations de son taux dans le sangsont liées à la gravité de la maladie et à la réponse aux traitements. Cela « permet de définir Elk-1 comme un biomarqueur sanguin facile à suivre au cours du temps », précise dans un communiqué le docteur Raoul Belzeaux (AP-HM, Institut de neurosciences de la Timone). « Cette protéine pourrait être un bon indicateur du pronostic de la dépression et aider à la décision thérapeutique telle que le changement de traitement anticipé pour éviter l’échec thérapeutique. »

    La voie ouverte à de nouveaux médicaments

    L’étude de tissus provenant d’encéphales de patients décédés issus de la Banque de cerveaux Douglas-Bell Canada a permis de confirmer le rôle-clé joué par des taux élevés de Elk-1 (en particulier au niveau de l’hippocampe) lors d’une dépression résistante. Quant au recours aux modèles animaux, il a permis de valider le lien de cause à effet entre Elk-1 et la dépression. Ainsi, le fait d’augmenter la production de cette protéine dans l’hippocampe des souris suffit pour entraîner des comportements dépressifs. À l’inverse, la bloquer induit des effets antidépresseurs. Les mêmes résultats dans le sang et dans le cerveau sont observés chez la souris et chez l’humain.

    En plus de l’identification d’un marqueur biologique impliqué dans la dépression, ces travaux ont permis de tester, chez l’animal, l’efficacité d’un nouveau traitement, qui a fait l’objet d’un dépôt de brevet. Cette découverte repose sur un mode d’action totalement différent de celui des antidépresseurs actuels. « Là où les antidépresseurs habituels agissent à l’extérieur de la cellule pour modifier l’information qu’elle reçoit, l’inhibiteur de Elk-1 agit à l’intérieur de la cellule pour modifier la façon dont l’information est traitée », explique le docteur Eleni Tzavara, directrice de recherche à l’Inserm et spécialiste des maladies psychiatriques, qui a dirigé ce travail. Cette stratégie alternative est d’un intérêt décisif pour le développement de nouveaux médicaments… et un nouvel espoir pour s’attaquer au « cœur » de la dépression.

    * Il s’agit des équipes de recherche clinique et fondamentale de l’Institut de biologie Paris-Seine (IBPS) (CNRS-Inserm-Sorbonne université), de l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille, de l’Institut de neurosciences de la Timone (Université Aix-Marseille-CNRS), de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas (université McGill) et de l’université Paris-Descartes.

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