Entrez dans la tête d’un jeune atteint de schizophrénie

    Dans la tête d'un schizophrène

     Antoine trouve sa famille attachante et pénible à la fois, comme tout le monde. Mais sans son traitement, tout bascule… Pour désamorcer la crainte qu’inspire la schizophrénie crée un film interactif court et percutant.

     L’objectif de l’Association des Journées de la Schizophrénie est clair :  améliorer « L’intégration des personnes touchées par la schizophrénie dans la société en général ». A l’occasion de la 15e édition de l’événement éponyme, du 17 au 24 mars 2018, leur nouvelle campagne nommée « On a tous un côté décalé » vise ainsi à désamorcer la crainte qu’inspire ce trouble et reposant sur beaucoup d’idées préconçues. La schizophrénie, ou plutôt « les schizophrénies » d’après le psychiatre et psychothérapeute Julien Elowe, est un trouble aux manifestations très variables selon les individus. De la famille des psychoses, c’est-à-dire des altérations de la perception de la réalité, la schizophrénie se manifeste par de nombreux symptômes dont les plus typiques ont été illustrés dans une vidéo interactive de l’Association des Journées de la Schizophrénie. On y suit le repas de famille du jeune Antoine, vu avec ses commentaires décalés et affectueux… Ou avec ses délires de persécution et angoisses dues à la maladie avant qu’elle ne soit traitée précocement.

    La schizophrénie concerne 660.000 patients en France.  le Elle est caractérisée par un ensemble de symptômes dits positifs, c’est-à-dire produits par le patients (hallucinations, délires…), d’autres dits négatifs (dépression, perte de l’élaboration de la pensée), mais aussi des symptômes affectifs (exaltation, impulsivité…) et cognitifs (mémoire, attention…). Tous les patients ne présentent pas l’ensemble des symptômes.

     Dysfonctionnement de circuits neuronaux

    La schizophrénie est un trouble due à un « dysfonctionnement des circuits neuronaux« , explique le Dr Elowe, en fonction à l’hôpital de Lausanne en Suisse. Ce mauvais fonctionnement entraine pour le malade une difficulté à intégrer les stimuli du quotidien dans un cadre logique. « Quand mes étudiants entendent un hélicoptère pendant mon cours, ils savent sans y penser que tout est normal, qu’un malade est probablement amené à l’hôpital« , explique le Dr Elowe, mais les patients schizophrènes « ne sont plus en capacité de mettre chaque élément dans un tout cohérent ». Or, le cerveau a horreur de ce qu’il ne peut pas expliquer. Le patient crée alors des « délires » plus ou moins angoissants qu’il est obligé de suivre pour préserver la cohérence de sa pensée. Dans le film interactif, c’est une « forme sévère » de schizophrénie qui est dépeinte, avec « des idées d’interprétation et des troubles du jugement« , analyse le Dr Elowe. « Le jeune homme y est déjà convaincu d’être persécuté et interprète chaque événement de manière à ce qu’il soit cohérent avec sa conviction première« , d’où sa certitude que son cousin va sortir une arme de sa poche alors qu’il cherche ses clés. Un des patients du Dr Elowe a avoué avoir reconnu tous ses symptômes dans la vidéo, en dehors du sentiment d’angoisse qui y transparait clairement et que lui ne ressent pas. « Les idées de persécution sont très fréquentes chez ces patients, mais pas systématiques« , commente le Dr Elowe.

     L’important ce n’est pas forcément de se débarrasser des hallucination, mais de pouvoir vivre avec

    Le jeune homme atteint de schizophrénie que l’on suit dans le film interactif semble aller bien : « maintenant que j’ai un traitement, je vois la vie comme tout le monde« , explique-t-il. Aujourd’hui les traitements ont beaucoup évolué, affirme le Dr Elowe, « on peut même guérir« . Un de ses patients atteint d’une forme grave du trouble a ainsi pu reprendre une vie normale sous réserve de prendre un médicament quotidiennement. Mais en tant que psychiatre, l’objectif principal du Dr Julien Elowe n’est pas forcément de permettre à ses patients de se débarrasser de tous leurs symptômes positifs, mais plutôt de trouver le moyen de s’en accommoder au mieux. « J’ai eu des patients avec une vie très normale malgré leurs épisodes de délires« , explique-t-il. Atteints de formes peu sévères de schizophrénie, ces patients avaient en effet appris à différencier la réalité de ce qui relevait purement de leur trouble.

     LE PLUS TÔT EST LE MIEUX. La maladie est souvent révélée à l’entrée dans l’âge adulte. Comme le rappelle le jeune homme du film interactif, plus tôt on est diagnostiqué, plus grandes sont les chances d’obtenir une évolution positive du trouble et surtout de conserver une bonne insertion sociale avant que les symptômes ne la déteriorent. Les signes d’alerte peuvent être multiples : si vous ressentez l’impression étrange qu’une perception (visuelle, auditive ou autre) ne vous semble pas logique sans comprendre pourquoi, une sorte de « dissonance avec la réalité« , pensez à consulter un psychiatre au plus vite. L’urgence est de « préserver le tissu social » du malade, d’après le Dr Elowe.

     Dédiaboliser la maladie, réinsérer les malades

    Au final, « le problème ce ne sont pas les hallucinations, mais le regard des autres« , se désole le Dr Elowe. Souvent dépeinte comme vecteur de danger dans les films, la schizophrénie est souvent source d’exclusion. Pourtant, c’est une maladie qui occasionne plus de souffrances (toxicomanie, alcoolisme, comportements suicidaires…) que de dangers. Ainsi, selon le Grand Baromètre de la Schizophrénie, enquête soutenue par le laboratoire Janssen et publiée en 2018, 90% des Français assimilent la schizophrénie au danger, contre seulement 20% des patients. La vie sociale est ce qui pâtit le plus de la maladie : 54% des patients rapportent que leur principal défi est de se faire des amis, plus que prendre soin d’eux (41%) et chercher un travail (35%). Selon le Dr Elowe, le principal problème est l’absence d’une vraie politique de prévention de la maladie. « Il faut amener la psychiatrie aux malades« , et ne pas forcément attendre que « les malades viennent à la psychiatrie« , explique-t-il, évoquant le programme de prévention en ce moment en vigueur au Canada, où des équipes mobiles sont disponibles à tout moment pour prendre en charge au plus tôt. Cela passerait également par une meilleure information de la population pour que les malades soient moins mis à l’écart, et puissent préserver leur vie au détriment de la maladie.

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