Le manque de sommeil fait le lit d’Alzheimer

    Le manque de sommeil favorise Alzheimer

    Le manque de sommeil favoriserait la pathologie d’Alzheimer en augmentant la production de peptide beta-amyloide dans le cerveau, selon une équipe américaine.

    NEUROLOGIE. Et si le manque de sommeil favorisait la pathologie cérébrale en jeu dans la maladie d’Alzheimer ? C’est la conclusion d’une équipe de l’École de médecine de l’université Washington à Saint-Louis (États-Unis) publiée dans les Annales de neurologie.La maladie d’Alzheimer est une maladie neurodégénérative touchant 900.000 personnes en France (en comptant les maladies apparentées), et qui conduit à une détérioration progressive des capacités cognitives jusqu’à aboutir à une perte d’autonomie du malade. Parmi les symptômes figurent les oublis répétés, les problèmes d’orientation, les troubles des fonctions exécutives (ne plus savoir utiliser son téléphone portable, par exemple).

    L’une des caractéristiques de cette pathologie cérébrale est la présence dans le cerveau de plaques dites amyloïdes, formées par des agrégats de peptides bêta-amyloïdes produits par les neurones. Selon la théorie de  » la cascade amyloïde  » (toujours privilégiée à ce jour quoique débattue), la synergie entre ces plaques et une autre protéine, la protéine tau phosphorylée, aboutirait à la dégénérescence des neurones chez le malade.

    Quel rôle joue le sommeil dans cette pathologie amyloide cérébrale ? Randall Bateman, premier auteur de l’étude, Brendan Lucey, professeur assistant de neurologie, et leurs collègues de l’université Washington ont fait appel à huit volontaires de 30 à 60 ans, sans problème de sommeil ni cognitifs. Chaque sujet pouvait, au hasard, faire une nuit normale, ne pas dormir, ou dormir avec un narcotique l’oxybate de sodium, qui augmente le sommeil à ondes lentes (le plus profond et récupérateur). Chaque scenario durait 36 heures pendant lesquelles les personnes étaient surveillées. Surtout, ils portaient un cathéter lombaire qui permettait de récolter régulièrement un peu de liquide céphalorachidien (dans lequel baigne le cerveau et la moelle épinière) pour mesurer les taux de peptides bêta-amyloïdes présents. Six mois plus tard, les huit participants sont revenus expérimenter un des trois autres scénarios dans les mêmes circonstances. Quatre sur les huit ont accompli les trois cas de figure.

    Une surproduction du peptide délétère

    Les résultats ont été sans appel : les taux de peptide bêta-amyloïde chez les personnes privées de sommeil étaient de 25 à 30 % plus élevés que ceux qui avaient dormi toute la nuit ! Quand a ceux qui avaient pris un narcotique, ils avaient des niveaux de bêta-amyloïde équivalents à ceux qui avaient dormi normalement. L’aide de médicaments n’apporte donc pas d’avantages pour un adulte en bonne santé sans problème pour dormir. « Cette étude est la démonstration la plus claire chez l’homme que la perturbation du sommeil conduit à un risque accru de maladie d’Alzheimer par un mécanisme bêta-amyloïde », assure Randall Bateman. Et ce, à cause de la surproduction du peptide délétère pendant la phase de privation de sommeil.

    Comment est-ce possible ? Dans une précédente publication, ces mêmes chercheurs avaient déjà donné une explication probable du mécanisme. Selon des recherches antérieures, la production cérébrale de bêta-amyloïde suivrait un cycle circadien (jour/nuit). Le niveau de peptide bêta-amyloïde fluctue selon le cycle veille-sommeil. Les taux sont plus élevés durant l’éveil et baissent durant le sommeil. L’hypothèse avancée est que la production du peptide est liée à une activité neuronale plus élevée pendant l’éveil et baisse lorsque le cerveau s’endort, notamment lorsqu’il est en phase de sommeil profond. 

    Privilégier une durée de sommeil de 7 à 8 heures

    Chez les adultes âgés, la qualité du sommeil s’altère. Il devient plus fragmenté. De ce fait, l’activité métabolique du cerveau pendant la période de sommeil est plus élevée en comparaison d’adultes plus jeunes. La concentration de peptide bêta-amyloïde durant la période de sommeil ne baisse donc plus comme on pourrait s’y attendre « ce qui promeut le dépôt d’amyloïde dans le cerveau, ce qui en retour perturbe encore plus le sommeil et élève le taux de ce peptide. » Un véritable cercle vicieux. Les deux chercheurs faisaient alors des recommandations : privilégier une période de sommeil entre 7 et 8 heures, éviter de fragmenter le sommeil en préservant une vraie alternance jour/nuit, consulter pour des troubles comme l’apnée du sommeil.

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