L’ibuprofène à fortes doses altère la production de testostérone

    Ibuprofène

    L’ibuprofène pris à 1200 mg/jour, comme le font les athlètes, entraîne une diminution de la production de la testostérone, selon une étude. Le risque pour ces hommes est d’hypothéquer leur santé reproductive et psychologique.

    La prise soutenue d’ibuprofène induit chez de jeunes hommes sportifs entraine un déséquilibre hormonal habituellement rencontré chez l’homme âgé et appelé « hypogonadisme compensé », selon une étude récentemenée par des chercheurs de l’Inserm au sein de l’Irset (Institut de recherche en santé, environnement et travail). Cette situation résulte des effets négatifs de l’ibuprofène sur la production de testostérone et de deux autres hormones testiculaires.

    Chez l’homme, l’hypophyse (une petite glande du cerveau) produit notamment deux hormones qui agissent sur les testicules : l’hormone lutéinisante (LH), qui active la production de testostérone, et l’hormone folliculo-stimulante (FSH) qui active la production de spermatozoïdes et des hormones anti-müllerienne (AMH) et inhibine B, impliquées dans la fertilité. Les analgésiques en vente libre tels que le paracétamol, l’aspirine et l’ibuprofène, figurant parmi les composés pharmaceutiques les plus couramment utilisés dans le monde, ont montré qu’ils pouvaient « générer des effets nocifs endocriniens et reproductifs au cours de la vie fœtale, selon les auteurs de l’étude. L’ibuprofène est particulièrement intéressant « en raison de son utilisation croissante dans la population générale et en particulier par les athlètes de haut niveau« .

    L’hypophyse obligé de « pomper à bloc » pour compenser la baisse du niveau de testostérone

    Les chercheurs rennais ont alors observé l’effet d’une haute dose d’ibuprofène (1200 mg par jour, soit une dose réellement consommée par certains athlètes) ou d’un placebo sur 31 hommes volontaires sportifs âgés de 18 à 35 ans. Ils ont également exposé à l’ibuprofène des testicules humains issus de prélèvements liés à des actions thérapeutiques ou au don d’organe, ainsi que des cultures de cellules humaines. Ces expériences montrent que la prise d’ibuprofène prolongée à haute dose entraine une baisse de la testostérone obligeant l’hypophyse à produire un surplus de LH et FSH pour compenser et atteindre un taux normal de testostérone et des hormones AMH et inhibine B. Pour conserver des taux normaux de testostérone et des autres hormones, ‘l’hypophyse pompe à bloc « , commente à Ouest-France Bernard Jégou, directeur de recherche à l’Inserm et directeur de la recherche de l’école des hautes études en santé publique et coordinateur de l’étude. Ce phénomène, appelé « hypogonadisme compensé », est normalement principalement observé chez 10 % des hommes très âgés.

    Des athlètes qui « hypothèquent leur santé reproductive et psychologique »

    Pour Bernard Jégou, et Christèle Desdoits-Lethimonier, ingénieure de recherche de l’université de Rennes 1 et co-première auteure de la publication,  » il existe des sous-populations d’hommes (sains) qui prennent de façon continue de l’ibuprofène (…), comme des athlètes de haut niveau. Si cet état d’hypogonadisme compensé s’installe, le risque pour eux est d’accroître les risques déjà liés à ce médicament, mais aussi d’altérer leur condition physique (muscles et os), d’hypothéquer leur santé reproductive et même psychologique. » Ces travaux indiquent que « l’ibuprofène ne doit pas être pris à forte dose pendant longtemps dans indication médicale », conclut Bernard Jégou.

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