Migraines : ces zones du cerveau que l’on croyait indolores depuis… 70 ans !

    Migraines

    Des zones du cerveau dont il était établi depuis plus de 70 ans qu’elles étaient indolores se sont révélées sensibles, d’après une nouvelle étude française. Une découverte qui ouvre de nouvelles perspectives pour comprendre et traiter les migraines.

    Une zone de notre cerveau que les scientifiques croyaient insensible depuis près de 70 ans est en réalité capable de générer de la douleur, d’après une nouvelle étude publiée le 1er avril 2018 dans la revue Brain. Des résultats qui ouvrent de nouvelles perspectives pour comprendre et traiter les maux de tête en général et les migraines en particulier. Cette étude a été menée par une équipe de chercheurs de l’Inserm, du CHU de Nice, d’Université Côte d’Azur et de l’hôpital St Anne à Paris. C’est en se basant sur le témoignage des patients lors de chirurgies du cerveau sur patients éveillés que les chercheurs ont observé que certaines structures, jusqu’alors considérées comme indolores, étaient à l’origine de sensations douloureuses lorsqu’elles étaient stimulées mécaniquement.

    Un consensus datant de plus de 70 ans remis est en question

    Dans les années 40, des chercheurs ont montré sur 30 patients subissant des craniotomies éveillées que la sensibilité à la douleur intracrânienne est limitée à la dure-mère – l’enveloppe méningée la plus externe qui tapisse la voûte et la base du crâne – et à ses vaisseaux nourriciers. Au contraire, une stimulation similaire de la pie-mère – la méninge la plus fine, qui tapisse les circonvolutions et sillons cérébraux – et ses vaisseaux nourriciers n’a pas provoqué de douleur. Cette étude n’ayant jamais été contestée ni reproduite, en dehors de travaux de 1971 où les chercheurs n’ont stimulé que la dure-mère et confirmé qu’elle était sensible à la douleur, il est donc admis depuis plus de 70 ans que chez l’homme, la sensibilité douloureuse intracrânienne ne concerne que la dure-mère, et que la pie-mère y est insensible. « Cette insensibilité à la douleur permet aux neurochirurgiens d’effectuer des interventions chirurgicales intracérébrales indolores chez des patients éveillés« , expliquent les auteurs dans la publication. Pourtant, les neurochirurgiens pratiquant régulièrement ce type d’opérations ont parfois rapporté que la manipulation des structures supposées insensibles à la douleur pouvait en réalité induire une douleur aiguë à la tête. « Malgré leur rareté, ces observations suggèrent » que la pie-mère et ses vaisseaux nourriciers « pourraient être sensibles aux stimuli mécaniques et induire une douleur« , et par conséquent être impliqués dans la physiopathologie des maux de tête, expliquent les chercheurs.

    Un territoire douloureux chez les patients stimulés correspondant à celui des migraines

    Pour en avoir le cœur net, les chercheurs ont sollicité 3 neurochirurgiens et 53 de leurs patients atteints de tumeurs cérébrales devant être extraites en craniotomie éveillée de 2010 à 2017. Durant l’opération, les patients devaient indiquer quand et où ils ressentaient une douleur au fur et à mesure qu’ils subissaient les manipulations d’usage, tandis que le chirurgien notait les structures crâniennes dont la stimulation avait provoqué la douleur. Le résultat contredit alors 70 ans de consensus médical : les patients ressentent en moyenne près de deux douleurs aigües chacun, toutes du même côté que celui du stimulus, et qui s’arrêtait dès la fin de la stimulation. « Contrairement à l’étude pionnière de 1940, nous avons observé que les petits vaisseaux cérébraux et / ou la pie-mère étaient sensibles à la stimulation mécanique, qui induisait la douleur la plus souvent référée dans le territoire V1« , commentent les chercheurs, faisant référence au territoire sensitif innervant le front, les orbites, la cornée, les régions temporales supérieures et antérieures, la racine du nez ainsi que la muqueuse nasale. « Nos résultats soulignent la similitude entre les endroits de la douleur référée après stimulation (…) dans le territoire V1 et les modèles de douleur connus dans la migraine« , concluent les auteurs. L’identification des récepteurs impliqués dans la détection des messages douloureux pourrait ainsi constituer un nouvel axe de recherche pour le traitement des maux de tête et, notamment, de la migraine.

    Correspondance entre à droite, les zones stimulées de la pie-mère lors des chirurgies et à gauche, les zones ou le patient indique avoir ressenti la douleur.

    LIMITES. Pour des raisons éthiques, et contrairement à ce qui avait été fait en 1940, le cerveau des patients n’a bien sûr pas pu être exploré dans l’objectif spécifique de circonscrire les zones douloureuses de celles insensibles, et les chirurgiens se sont strictement limités aux gestes nécessaires pour réaliser l’opération prévue et extraire la tumeur. Ainsi, certaines zones n’ont été stimulées chez aucun patient et « l’incidence plus élevée d’événements douloureux observés dans certaines régions cérébrales ne signifie pas nécessairement que ces zones sont plus sensibles à la douleur mais seulement que les tumeurs cérébrales nécessitant une cartographie cérébrale éveillée sont plus fréquentes dans ces régions« , expliquent les auteurs. De même, inversement, « certaines zones peuvent sembler insensibles à la douleur uniquement parce qu’elles n’ont pas été suffisamment explorées« , commentent-ils.

    Des douleurs relativement rares et qui se déclenchent sous conditions

    Mais si la pie-mère et ses vaisseaux sont sensibles à la douleur, comment expliquer que l’étude originelle de 1940 soit passée à côté ? Pour les auteurs, il y a plusieurs explications. D’abord, selon leur expérience, les événements douloureux ne se produisent que dans 25% des chirurgies de craniotomie éveillée. Comme l’étude originelle n’incluait que 24 patients, « ils auraient pu manquer ces événements rares », expliquent les auteurs, d’autant que ces ressentis dépendent également « du protocole anesthésique, de la technique chirurgicale, de l’anxiété et de la préparation psychologique préopératoire du patient et de l’attention portée par l’équipe chirurgicale au traitement« . De plus, un simple toucher ne suffit pas à provoquer la douleur, que les auteurs n’ont observé que lors de la dissection des tissus et de la résection de la tumeur. Or, la méthodologie utilisée en 1940 n’était pas détaillée et pourrait ne pas correspondre. Enfin, les patients de l’étude de l’époque étaient sains, tandis que les 53 patients de ces récents travaux ont été manipulé autour d’une zone envahie par des tumeurs, ce qui pourrait les rendre potentiellement plus sensibles en raison de l’inflammation.

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