Traitement contre le SIDA : vers une seule prise par semaine

    Flacons de médicaments antirétroviraux

     Des chercheurs américains ont mis au point une capsule à ingérer une seule fois par semaine pour recevoir la dose de traitement contre le VIH que les patients sont aujourd’hui obligés de prendre quotidiennement.

    Une capsule à ingérer une seule fois par semaine pour recevoir la dose de traitements contre le VIH, à prendre aujourd’hui quotidiennement, a été mise au point, selon une annonce du mardi 9 janvier 2018. Testée sur les porcs dans une étude américaine publiée dans Nature Communications, le petit dispositif est conçu pour faciliter la vie des patients atteints du virus ou d’autres maladies chroniques, qui doivent suivre un traitement très contraignant.

    20 millions de patients sous antirétroviraux, 30% seulement respectent leurs prescriptions

    Selon l’ONUSIDA, 1,8 million de personnes ont été infectées par le HIV dans le monde en 2016, et 36,7 millions vivent avec la maladie, dont plus de 20 millions traitées avec des antirétroviraux. La recherche n’a pas permis après 35 ans de trouver un moyen de guérir ou de vacciner contre cette maladie qui a touché plus de 70 millions de personnes depuis le début des années 1980, et tué la moitié d’entre elles. L’assiduité est un défi quand on doit prendre des médicaments chaque jour, voire deux fois par jour, pendant toute une vie. « Les études ont montré que dans les essais cliniques sur le VIH, seuls quelque 30% des patients respectent leurs prescriptions« , a souligné l’hôpital Brigham de Boston (États-Unis) dans un communiqué. Or un patient non rigoureux dans le suivi d’un traitement antirétroviral, coûteux et accompagné d’effets secondaires importants, risque de laisser le VIH se reconstituer, de développer une résistance aux médicaments, ou de transmettre sexuellement le virus.

    Une capsule contenant une étoile de 4 cm

    La nouvelle pilule a la forme d’une capsule qui, une fois son enveloppe dissoute dans l’estomac, laisse se déplier une étoile à 6 branches de quelque 4 cm de large. Chaque branche peut contenir plusieurs médicaments différents, conditionnés dans des polymères aux propriétés distinctes permettant la libération différée des molécules. L’étoile, qui ressemble en réalité plus à un soleil dont les rayons seraient liés au cercle central, à la manière d’un dessin d’enfant, est conçue pour rester dans l’estomac, car trop grosse pour passer dans l’intestin, sans perturber la digestion. Sur des porcs, qui ont un appareil digestif semblable au nôtre, « ces systèmes de dosage à administration lente sont aussi voire plus efficaces que les doses quotidiennes actuelles pour le traitement du VIH« , a affirmé l’un des auteurs de l’étude, Giovanni Traverso, de la faculté de médecine de Harvard. Testant l’efficacité probable de cette technologie en prise préventive (PrEP) grâce à un modèle statistique, les auteurs sont ainsi « parvenus à une augmentation plausible de 20% de l’efficacité de la PrEP hebdomadaire par rapport à la PrEP quotidienne chez les populations à haut risque« . L’étoile, une fois son travail accompli, est brisée en morceaux et excrétée.

    Schéma représentant (a) l’étoile qui se déplie dans l’estomac, (b) la section d’une branche de l’étoile, (c) la conformation de l’étoile, (d) le système schématique de libération différée des molécules contre le VIH. Droits : Kirtane et. al, Nature Communications 2018.

    800.000 infections pourraient être évitées sur 20 ans avec cette technologie

    Parmi les quelques limitations à cette découverte, il y a le système digestif utilisé : le porc a en effet une physiologie similaire à la nôtre, mais « un transit plus lent« , ce qui nécessitera de confirmer ces résultats sur le primate et l’humain. De plus, le test sur les porcs ne permettait pas de voir l’efficacité « dans le contexte de la maladie VIH« , mais de monitorer les concentrations de médicaments libérées dans leur organisme. Enfin, pour l’instant « seules 4 molécules antirétrovirales » peuvent non seulement résister à des « conditions de pH acide et d’humidité élevée« , mais également être efficaces « à faible dose« , conditions nécessaires pour être compatibles avec cette technique. « L’introduction de plus de médicaments anti-VIH à faible dose va intensifier l’impact de cette technologie », commentent les auteurs, mais « elle peut potentiellement être développée même avec des antirétroviraux existants », jugeant que les 4 médicaments en question ont montré être compatibles et efficaces pour lutter contre l’infection au VIH. Les chercheurs pensent ainsi pouvoir éviter 200.000 à 800.000 infections sur 20 ans avec cette nouvelle technologie.

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