Un traitement basé sur l’épigénétique pour soigner le cancer ?

    Cellules cancéreuses du sein

    Depuis une dizaine d’années, le rôle de l’épigénétique dans le développement du cancer est de plus en plus étudié par les chercheurs. Ce qui permet de mettre au point de nouveaux traitements, moins invasifs et plus ciblés, pour booster la capacité naturelle de l’organisme à lutter contre la maladie. 

    Des chercheurs de l’Université Temple à Philadelphie ont mis au point une molécule qui pourrait être utilisée dans de nouveaux traitements contre le cancer. Cette molécule agit sur un marqueur épigénétique, CDK9, qui inhibe l’expression de certains gènes suppresseurs de tumeurs(GST, lesquels empêchent l’emballement de la division cellulaire responsable du cancer). En restaurant l’expression de ces gènes, elle permettrait donc à l’organisme de se défendre contre la tumeur.

    Facteurs épigénétiques et cancer

    On le sait depuis les années 80, le cancer est le résultat de mutations ou d’altérations génétiques qui provoquent une prolifération anormale de cellules au sein d’un tissu sain. Mais depuis une dizaine d’années, on sait aussi qu’il s’agit d’une maladie autant épigénétique que génétique. Les modifications épigénétiques portent non sur l’ADN des cellules lui-même, mais sur la façon dont celles-ci le transcrivent et l’expriment dans leur métabolisme. Ces modifications se transmettent au cours de la mitose et aussi de la mélose. Or, en altérant l’expression de gènes impliqués dans la régulation cellulaire, les modifications épigénétiques jouent un rôle important dans le développement des tumeurs.

    La régulation cellulaire passe par la méthylation (une modification chimique de la cytosine, la base C de l’ADN) des promoteurs de certains gènes, qui fait que ces derniers ne s’expriment pas, tandis que d’autres, non-méthylés, s’expriment. Plus simplement, elle repose donc sur l’inhibition de certains gènes et l’activation d’autres. Dans le cancer, les marqueurs épigénétiques agissent de deux manières. Soit ils induisent un déficit de méthylation, qui a pour effet d’activer l’expression de proto-oncogènes ou de permettre l’expression anormale de séquences répétitives de l’ADN. Soit ils induisent une hyperméthylation aberrante et donc l’inhibition de gènes comme les GST. Ce dernier cas est celui du marqueur CDK9 ciblé par l’étude des chercheurs de l’Université Temple, qui l’ont découvert.

    Inhiber les marqueurs épigénétiques pour traiter le cancer

    En contrant l’effet pervers de ces marqueurs épigénétiques, on pourrait donc lutter efficacement contre le cancer, et créer des alternatives à la chimiothérapie. Au lieu de détruire les cellules tumorales, il s’agirait de modifier leur profil d’expression génique, et de relancer les défenses naturelles de l’organisme contre les tumeurs. De nombreuses études ont été réalisées ou sont en cours pour mettre au point des inhibiteurs de marqueurs épigénétiques. Certains sont déjà commercialisés, comme l‘azacitidine (Vidaza), utilisée dans traitement de certaines leucémies. La molécule mise au point par l’équipe de Jean-Claude Issa s’inscrit dans ce cadre.

    Les chercheurs, après avoir identifié CDK9, ont développé et testé une molécule capable de l’inhiber : MC180295. Ce médicament très ciblé provoque peu d’effets secondaires par rapport à la chimiothérapie. Les tests in vitro et sur des souris ont donné de bons résultats. L’inhibition de CDK9 permet par ailleurs une meilleure réaction immunitaire de l’organisme au cancer chez les souris testées.

     

    Il n’y a plus qu’à espérer que cette molécule se révélera efficace lors de tests sur les humains. Jusqu’à présent, les médicaments reposant sur l’épigénétique se sont révélés plus efficaces sur les leucémies et les lymphomes que sur les tumeurs solides.

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