2025-11-10

L'air que l'on respire détruit notre cerveau à petit feu, révèle une étude


Des milliers de minuscules particules en suspension s’invitent chaque jour dans notre organisme. Certaines pénètrent jusqu’au cerveau, où elles pourraient accélérer la dégradation des cellules nerveuses impliquées dans la mémoire et le raisonnement.

Le danger ne se voit pas, ne se sent pas toujours, mais s’insinue dans nos cellules. Depuis des années, la recherche suspecte les particules fines d’affecter le cerveau. Ce qui n’était qu’un faisceau d’indices épidémiologiques devient aujourd’hui une certitude clinique. Plusieurs travaux récents, en laboratoire comme à l’échelle humaine, révèlent que ces micro-agresseurs pénètrent dans le système nerveux et y laissent des traces durables. Le lien entre pollution de l’air et démence prend forme, et il inquiète les scientifiques autant qu’il devrait alerter les autorités sanitaires.


Des particules fines qui ne s’arrêtent pas aux voies respiratoires

La pollution de l’air ne se cantonne pas aux poumons. Une fois inhalées, les particules fines de type PM2.5 (d’un diamètre inférieur à 2,5 micromètres) parviennent à franchir la barrière pulmonaire. Certaines entrent dans la circulation sanguine, d’autres empruntent directement le nerf olfactif pour rejoindre le cerveau. Ce trajet invisible ouvre alors la voie à des agressions neurotoxiques multiples.

Au contact des cellules nerveuses, ces particules déclenchent des mécanismes inflammatoires, provoquent un stress oxydatif et favorisent l’accumulation de protéines anormales, comme la bêta-amyloïde ou la tau, bien connues pour leur rôle dans la maladie d’Alzheimer. À cela s’ajoute un vieillissement épigénétique prématuré du cerveau observé chez les personnes exposées à long terme, com

La pollution de l’air précipite la démence, selon les autopsies

Jusqu’ici, les preuves reposaient surtout sur des études de population. Mais une analyse inédite menée à l’Université de Pennsylvanie a changé la donne. Les chercheurs ont examiné 602 cerveaux issus d’un programme de dons post-mortem, en croisant les données cliniques, les localisations résidentielles et les taux de pollution de l’air. L’étude, publiée dans JAMA Neurology, révèle que les individus ayant vécu dans des zones plus polluées présentaient des lésions cérébrales nettement plus avancées.

Chaque hausse de 1 μg/m³ de PM2.5 durant l’année avant le décès entraînait une montée d’environ 20% des marqueurs d’Alzheimer. Ces marqueurs incluent les plaques amyloïdes, la dégénérescence des neurones et une atrophie visible du cerveau. Plus encore, l’impact sur les capacités mentales semblait lié à la présence de ces lésions. Autrement dit, l’air pollué ne se contentait pas d’aggraver les symptômes. Il transformait peu à peu la structure même du cerveau.

Les résultats sont cohérents avec ceux d’une autre étude de grande ampleur relayée par The New York Times, qui a suivi les hospitalisations liées à la démence de type Lewy sur plus de 56 millions d’individus. Là encore, les zones les plus polluées affichaient un risque de 12% plus élevé. Chez des souris exposées expérimentalement, les chercheurs ont observé un effondrement cognitif similaire à celui des malades humains.

Repenser la prévention à l’échelle du territoire

Le cerveau ne se protège pas uniquement avec des médicaments. Alors que les traitements contre Alzheimer offrent un bénéfice limité, l’identification de facteurs de risque modifiables représente une piste plus efficace et moins coûteuse. C’est ce que souligne le dernier rapport de la Commission Lancet sur la prévention de la démence. La pollution de l’air y figure désormais aux côtés du diabète, de l’hypertension ou du manque d’exercice physique.

Cette découverte réoriente les politiques de santé publique. Réduire l’exposition au PM2.5 n’est plus seulement un enjeu climatique ou respiratoire. Il devient un levier de prévention neurocognitive. Pourtant, alors même que les preuves scientifiques s’accumulent, les choix politiques restent ambigus. Le démantèlement de plusieurs normes environnementales, aux États-Unis notamment, menace de faire reculer les avancées obtenues ces dernières décennies.

Limiter la circulation automobile, interdire le chauffage au fioul, favoriser les énergies renouvelables ou encore végétaliser les villes sont autant d’actions qui pourraient ralentir la progression silencieuse de ce fléau. Car si le cerveau se dégrade lentement, l’air qu’il respire peut l’y pousser plus vite qu’on ne l’imaginait.


EN BREF

  • Les particules fines PM2.5, d'un diamètre inférieur à 2,5 micromètres, sont suspectées d'affecter le cerveau, selon des recherches récentes.
  • Une étude de l'Université de Pennsylvanie montre que vivre dans des zones polluées entraîne des lésions cérébrales avancées et augmente les marqueurs d'Alzheimer.
  • Réduire l'exposition aux particules fines devient crucial pour la prévention neurocognitive, au-delà des enjeux climatiques et respiratoires.



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