2025-11-24
Des analyses menées sur plusieurs milliers de dossiers médicaux montrent que certains traitements du diabète pourraient influencer la trajectoire du vieillissement féminin. Cette piste ouvre une réflexion plus large sur les liens entre médicaments chroniques, santé métabolique et survie à un âge avancé.
Dans les armoires à pharmacie, certains médicaments paraissent anodins. Prescrite depuis des décennies contre le diabète, la metformine appartient à cette catégorie. Pourtant, une recherche récente menée aux États-Unis et en Allemagne vient de lui prêter un effet inattendu. Chez certaines femmes, ce traitement pourrait augmenter significativement les chances de vivre au-delà de 90 ans. Cette perspective relance les discussions autour des médicaments dits « anti-âge » et leur place dans la médecine de demain.
Les données proviennent de la Women’s Health Initiative, une cohorte suivie depuis plus de trente ans. Les chercheurs ont comparé deux groupes de femmes âgées de plus de 60 ans, toutes récemment diagnostiquées avec un diabète de type 2. L’une des moitiés avait débuté un traitement par metformine, l’autre avec des sulfamides hypoglycémiants (sulfonylurées), une autre classe de médicaments. Les résultats sont surprenants. Les femmes sous metformine ont présenté un risque de décès avant 90 ans réduit de 30% par rapport à l’autre groupe.
Cette réduction du risque s’appuie sur une méthodologie rigoureuse. L’étude a été menée en suivant le cadre d’un « essai cible », ce qui permet d’imiter les conditions d’un essai clinique randomisé sans en être un. Ce protocole, bien que basé sur des données d’observation, offre une puissance d’analyse précieuse sur des périodes que les essais classiques ne peuvent couvrir. Publiée en mai 2025 dans la revue The Journal of Gerontology, cette étude repose sur plus de 15 années de suivi, un atout majeur pour observer les effets à long terme d’un traitement.
Si ce médicament séduit les chercheurs, c’est qu’il n’agit pas seulement sur la glycémie. Selon les auteurs de l’étude relayés par ScienceAlert, la metformine cible plusieurs mécanismes cellulaires impliqués dans le vieillissement. Elle réduit le stress oxydatif, stimule des gènes associés à la longévité comme FOXO3, limite les dommages à l’ADN et freine l’inflammation chronique. Autant de leviers qui pourraient, en théorie, ralentir l’usure de l’organisme.
Ces effets ont déjà été observés sur des modèles animaux. Chez la souris, plusieurs expériences ont montré une prolongation de la durée de vie moyenne lorsqu’elle est administrée tôt. Dans certains cas, la metformine a même retardé l’apparition de tumeurs et amélioré la fonction cognitive. Des résultats qui ont poussé certains chercheurs à qualifier cette molécule de « géroprotectrice ». La metformine est également étudiée pour ses effets sur la prévention du cancer, des maladies cardiovasculaires et de la démence.
Mais ces promesses, encore en phase exploratoire chez l’humain, demandent à être validées par des essais contrôlés. C’est d’ailleurs l’objectif du projet TAME (Targeting Aging with Metformin), un essai clinique de grande ampleur imaginé pour tester l’impact de la molécule sur plusieurs maladies liées à l’âge. Sa mise en œuvre reste cependant freinée par des obstacles de financement.
L’étude sur la longévité ne permet pas d’affirmer que la metformine fait vivre plus longtemps. Elle montre une différence statistique entre deux groupes de patientes, mais sans pouvoir prouver un lien de cause à effet. Plusieurs biais d’observation sont possibles, même si les chercheurs ont tenté de les limiter. Il est notamment impossible de savoir si des facteurs non mesurés, comme la sévérité du diabète ou d’autres traitements médicaux, ont pu influencer les résultats.
Autre limite, l’absence de groupe placebo. Toutes les femmes incluses dans l’analyse prenaient un traitement, ce qui empêche de savoir si la metformine prolonge réellement la vie ou si elle est simplement moins nocive que les alternatives. Le profil des participantes (uniquement des femmes post-ménopausées) réduit aussi la portée des conclusions à d’autres tranches de population.
Malgré ces réserves, les données recueillies interrogent. L’idée qu’un médicament existant puisse agir sur les mécanismes du vieillissement séduit autant qu’elle interroge sur les usages futurs de la pharmacopée. Utiliser la metformine au-delà de son indication initiale soulève un enjeu éthique. Faut-il prescrire un médicament à des personnes en bonne santé pour retarder le vieillissement ? Et si oui, selon quels critères ? La science avance, mais la médecine devra trancher ces dilemmes.
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