2026-01-10

Épilepsie et vieillissement cérébral : vers un traitement ciblé, sans chirurgie


Des chercheurs américains ont identifié un lien entre l’accumulation de cellules gliales sénescentes et la survenue de troubles neurologiques liés à l’épilepsie temporale. Leur élimination ciblée a permis de limiter les dommages, ouvrant une voie inédite vers une prise en charge plus efficace.

On pense souvent que le cerveau vieillit doucement, en perdant peu à peu en efficacité. Mais certaines recherches montrent que ce processus peut aussi aggraver certaines maladies. Dans le cas de l’épilepsie temporale, le vieillissement cérébral pourrait jouer un rôle plus important qu’on ne l’imaginait, en affectant des cellules pourtant essentielles à l’équilibre du cerveau.


Pourquoi l’épilepsie temporale résiste aux traitements actuels

Fréquente et difficile à traiter, l’épilepsie temporale échappe aux médicaments chez près de 40 % des patients. Elle peut être déclenchée par un traumatisme crânien, un AVC, une infection comme la méningite ou encore des anomalies vasculaires ou génétiques.

En plus des crises répétées, cette forme chronique altère la mémoire et la concentration. Les traitements visent à calmer l’activité électrique du cerveau, mais restent souvent inefficaces sur les troubles associés. Ce constat pousse les chercheurs à s’intéresser à d’autres mécanismes, en particulier au niveau cellulaire.

Vieillissement cérébral : le rôle inattendu des cellules gliales

C’est dans cette optique qu’une équipe du Georgetown University a mené une étude approfondie sur des échantillons de tissu cérébral humain, prélevés lors d’interventions chirurgicales sur des patients atteints d’épilepsie temporale. Comparées à des échantillons post-mortem issus de personnes sans antécédents d’épilepsie, ces analyses ont mis en évidence une accumulation anormale de cellules gliales vieillissantes. Celles-ci étaient cinq fois plus nombreuses dans les tissus pathologiques.

Contrairement aux neurones, les cellules gliales ne transmettent pas d’impulsions électriques. Ces cellules jouent un rôle clé dans le bon fonctionnement cérébral. Elles protègent, nourrissent et soutiennent les neurones. Cependant, lorsqu’elles entrent en sénescence, elles cessent de se diviser. Elles libèrent alors des substances inflammatoires nocives pour le tissu voisin. Ce processus apparaît aussi lors du vieillissement ou dans certaines maladies comme Alzheimer. Ainsi, il pourrait aggraver les crises épileptiques et fragiliser encore davantage le cerveau.

Une piste thérapeutique non invasive en voie de développement

Pour tester cette hypothèse, les chercheurs ont utilisé un modèle murin reproduisant les caractéristiques de l’épilepsie temporale. Deux semaines après la lésion cérébrale induite, ils ont détecté une forte augmentation des marqueurs génétiques et protéiques de la sénescence cellulaire. Ils ont ensuite cherché à éliminer les cellules gliales vieillissantes. Pour cela, ils ont utilisé deux méthodes distinctes. La première reposait sur une approche génétique ciblée. La seconde s’appuyait sur un traitement combinant le dasatinib et la quercétine, deux molécules déjà connues.

Le dasatinib est un traitement anticancéreux pour certains types de leucémie, tandis que la quercétine est un flavonoïde d’origine végétale aux propriétés antioxydantes. Ensemble, ces deux molécules ont déjà été testées dans divers modèles de maladies liées au vieillissement. Dans cette étude, publiée dans Annals of Neurology et rapportée par SciTechDaily, les résultats ont surpris l’équipe scientifique. Les cellules sénescentes ont été réduites de moitié, ce qui représente un résultat très prometteur. En effet, les souris ont montré de meilleurs scores aux tests cognitifs. De plus, leurs crises ont été moins fréquentes et moins sévères. Un tiers d’entre elles n’ont pas développé d’épilepsie. Ces résultats ouvrent désormais de nouvelles voies pour la recherche thérapeutique.

Selon le professeur Patrick A. Forcelli, ces résultats offrent un nouvel espoir aux patients insensibles aux traitements habituels. En effet, les deux molécules testées possèdent déjà un bon niveau de tolérance. Ce point pourrait ainsi accélérer leur déploiement chez l’humain. L’équipe continue désormais ses travaux. Elle explore d’autres combinaisons et cherche le bon moment pour intervenir efficacement. Le vieillissement cérébral, longtemps relégué au second plan, s’impose peu à peu comme une cible thérapeutique de premier ordre.

EN BREF

  • L'étude de Georgetown University révèle que le vieillissement cérébral pourrait aggraver l'épilepsie temporale en affectant les cellules gliales.
  • Les chercheurs ont testé deux méthodes pour éliminer les cellules gliales vieillissantes, utilisant le dasatinib et la quercétine, réduisant de moitié les cellules sénescentes.
  • Ces résultats prometteurs ouvrent de nouvelles perspectives thérapeutiques pour l'épilepsie temporale, avec un potentiel de traitement accéléré chez l'humain.


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