2026-01-22
Le virus se transmet principalement par le sang : injections non stérilisées, transfusions anciennes, tatouages à risque et surtout usage de drogues injectables.
L’hépatite C, maladie silencieuse par excellence, évolue souvent vers la cirrhose ou le cancer du foie. En Algérie, elle touche environ 1% de la population historiquement, mais des foyers persistent, notamment chez les usagers de drogues injectables (UDI). Tels sont, entre autres, les aspects développés hier par les laboratoires algériens Beker, qui ont organisé une rencontre presse à Alger pour retracer une décennie de lutte contre cette maladie, présenter un état des lieux et les défis persistants. Le pays se distingue comme leader africain grâce à une production locale de traitements curatifs et un plan national ambitieux. Des experts, comme le Pr Nabil Debzi, chef de service d’hépatologie au CHU Mustapha Pacha, à Alger, et les associations AIDS Algérie et Hayatt ont alerté sur l’urgence d’une prise en charge renforcée des populations vulnérables.
Le virus se transmet principalement par le sang : injections non stérilisées, transfusions anciennes, tatouages à risque et surtout usage de drogues injectables. Le Pr Nabil Debzi confirme une répartition claire : «L’hépatite C prédomine au Nord et à l’Est (Tébessa, Sétif, Aïn Oulmène, Oran, Aïn Témouchent), tandis que l’hépatite B domine au Sud (Adrar, Béchar, Ouargla, Tamanrasset).» Pour l’hépatite B, la transmission intrafamiliale (mère-enfant, partage d’objets dans le foyer) et sexuelle est majeure, le virus étant plus contaminant que le VHC. Aujourd’hui, le principal foyer d’hépatite C est lié à l’explosion de l’usage de drogues injectables (héroïne, cocaïne, etc.). Les associations AIDS Algérie et Hayatt rapportent que «la majorité des toxicomanes passent logiquement à l’injection avec l’augmentation des doses». Sur le terrain, plus de 70% des UDI sont porteurs de l’hépatite C (contre 37% dans certaines études formelles), avec de nombreuses co-infections VIH.
Plus de 700 cas positifs ont été détectés dans des campagnes associatives. L’instabilité psychologique, la priorité donnée à la dose et le manque de structures adaptées compliquent la prise en charge. «Deux tiers des toxicomanes sont dans la nature, on n’arrive pas à les capter tous», soulignent les acteurs de terrain. Les antiviraux à action directe (AAD) guérissent à plus de 95% des cas en 8-12 semaines. L’Algérie produit localement le Sofosbuvir couvrant tous les génotypes avec un taux proche de 99%, disponible dans 45 centres nationaux. Le plan stratégique 2024-2028 vise l’élimination de la maladie d’ici 2030 (90% diagnostiqués, 80% traités).
Sensibilisation et réduction des risques
Pour les UDI, une prise en charge adaptée est cruciale : détoxification préalable, accompagnement psychologique, orientation vers les centres spécialisés. Les associations insistent sur un lien direct entre réduction des risques et traitement : «Il faut d’abord se désintoxiquer pour mieux adhérer.»La sensibilisation cible le grand public et les professionnels pour «déstigmatiser» le dépistage. Pour les UDI, les associations distribuent seringues stériles (38 000 en 2020, points fixes et hotspots), mais c’est loin des besoins. «Le terrain requiert plus d’un million de seringues par an», alertent AIDS Algérie et Hayatt. La rupture de moyens de prévention aggrave la transmission exponentielle. Un accompagnement psychosocial est vital : les UDI ont souvent des comorbidités, des troubles psychologiques et une instabilité qui freine l’accès aux soins.
Les campagnes mobiles et les partenariats associatifs tentent de combler ces lacunes.Le Pr Debzi prévoit que «dans 10 ans, le problème des hépatites sera réglé», mais la stéatose (foie gras) liée à l’alimentation et l’alcool deviendra le nouveau défi majeur.L’Algérie avance vers l’élimination de l’hépatite C grâce à des traitements locaux, un réseau étendu et une expertise reconnue. Cependant, l’explosion de l’usage injectable, soulignée par le Pr Debzi et les associations AIDS Algérie et Hayatt, représente le principal obstacle restant. Renforcer la réduction des risques, multiplier les seringues, adapter les prises en charge et intensifier l’accompagnement psychosocial sont essentiels pour protéger les populations les plus vulnérables et atteindre les objectifs OMS 2030.
Ce combat combiné pourrait inspirer tout le continent. Grâce à une volonté politique affirmée, à l’implication des professionnels de santé et au développement de solutions thérapeutiques produits localement, l’Algérie s’est progressivement imposée comme un modèle régional en matière d’accès au traitement et de prise en charge de cette pathologie. La mise à disposition de médicaments génériques de nouvelle génération, efficaces et accessibles, a permis au pays de franchir des étapes décisives, positionnant l’Algérie comme un leader et un champion dans la lutte contre l’hépatite C, au service des patients et de l’équité en santé.
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