2026-01-28

Projet de décret relatif aux conditions d’exercice de la profession de pharmacien : Le Snapo appelle à un dialogue «franc» avec la tutelle


Le Syndicat national des pharmaciens d’officine (Snapo) a exprimé sa «profonde inquiétude» et «son rejet catégorique» du projet de décret exécutif relatif aux conditions d’exercice de la profession de pharmacien et de pharmacien assistant.

Qualifiant le texte d’«acte de décès pour la profession», la direction du Syndicat exige sa révision et sollicite par là même l’intervention du ministre de la Santé, afin d’ouvrir un dialogue avec le partenaire social.

Dans ce cadre, le Snapo a rendu public au lendemain de sa réception du document un communiqué dans lequel il dénonce «une méthodologie d’élaboration unilatérale» menée sans concertation réelle avec les syndicats professionnels, et ce, en «contradiction» avec les principes de la gouvernance participative prônés par les hautes autorités. Le Syndicat affirme avoir été «exclu» du processus, malgré les engagements antérieurs de la tutelle et enregistre son rejet du contenu du texte.

Contacté, Merghemi Karim, porte-parole du Snapo, a souligné que le Syndicat est «le seul et unique représentant des pharmaciens d’officine», se disant «surpris» par la manière avec laquelle le décret a été finalisé puis transmis. Selon notre interlocuteur, le projet de décret «ignore les spécificités» de la pharmacie d’officine. La disposition abaissant le seuil d’installation à un pharmacien pour 3000 habitants pourrait conduire, selon Merghemi, à une explosion du nombre d’officines, estimé à terme à 26 000 pharmacies à l’échelle nationale.

Une situation qui risque d’engendrer une concurrence excessive, un déséquilibre économique du secteur et une dégradation de la qualité des prestations.

A ce titre, le Syndicat met également en garde contre une surconsommation de médicaments, notamment les antibiotiques et les psychotropes, en contradiction avec la politique de rationalisation prônée par l’Etat. «Il y aura un affaiblissement du contrôle du médicament et un impact direct sur la santé du citoyen», avertit le Snapo, soulignant que ces dérives affecteraient l’ensemble du système de santé.

Une surconsommation de médicaments

Après réception du texte, la commission juridique du Snapo a procédé à une lecture approfondie du décret et conclu qu’il représente un danger réel pour la profession, confirmant ainsi que le projet porte atteinte à l’équilibre et à la pérennité de l’officine, explique le porte-parole du Syndicat.

Parmi les points les plus controversés, le Snapo dénonce l’obligation faite aux pharmaciens de recruter des pharmaciens assistants en fonction du chiffre d’affaires, une disposition jugée contraire à la loi 18-11, laquelle stipule que le pharmacien peut recruter un assistant sans que cela constitue une obligation. «Le décret retire pratiquement tous les droits aux pharmaciens», déplore Merghemi Karim.

Le texte est également critiqué pour son manque de clarté concernant la notion de zone urbaine, «sans définition précise ni données statistiques fiables pour justifier l’application du ratio démographique retenu». Le Snapo rappelle que la profession attend depuis plus de trois décennies un cadre réglementaire modernisé. Or, le projet actuel, composé de 75 articles, reprend majoritairement d’anciens dispositifs, tout en supprimant certains acquis, notamment la vente du fonds de commerce.

Le Syndicat affirme avoir plaidé pour une réforme ambitieuse visant à faire évoluer l’officine vers un modèle multiservices, incluant l’exclusivité de certains actes comme les tests rapides, les dispositifs médicaux, les compléments alimentaires, ainsi qu’une rémunération claire des actes pharmaceutiques et une organisation équitable des honoraires de garde, à l’instar de ce qui est pratiqué dans de nombreux pays.

«Il ne s’agit nullement d’analyses spécialisées», précise-t-il, s’étonnant de voir cette pratique remise en cause aujourd’hui, alors même que le ministère de la Santé avait indiqué que les officines pouvaient effectuer ces actes, sous réserve de la mise en place d’une commission d’experts chargée d’établir la liste des analyses autorisées. Une commission qui, à ce jour, n’a toujours pas été installée.

Par Nabila Amir


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