2026-01-31

Nouvelle découverte médicale : des chercheurs danois identifient enfin pourquoi certains enfants échappent aux allergies


Une étude danoise publiée dans Nature Microbiology éclaire d’un jour nouveau la façon dont le système immunitaire se construit dès la petite enfance, et pourquoi certains enfants développent moins d’allergies que d’autres.

Aujourd'hui, selon l'Inserm, près d’un enfant sur trois présente au moins une maladie allergique, et l’asthme reste la pathologie chronique la plus fréquente, touchant entre 7 à 10 % des enfants en France. Eczéma, rhinites allergiques, allergies alimentaires ou crises d'asthme apparaissent de plus en plus tôt, parfois dès les premières années de vie.

Et si la clé se jouait bien plus tôt, dès les premiers mois après la naissance, dans quelque chose que certains nourrissons possèdent déjà naturellement ? Une étude internationale, publiée dans Nature Microbiology, nous éclaire sur le rôle du microbiote intestinal et ouvre la voie à une nouvelle approche préventive.

Une molécule produite par le microbiote qui calme le système immunitaire

Les chercheurs de l'Université Technique du Danemark (DUT) se sont intéressés à certaines bifidobactéries, des bactéries naturellement présentes dans l'intestin des nourrissons, notamment chez ceux colonisés très tôt après la naissance. Leur découverte majeure : ces bactéries produisent des métabolites

capables de moduler la réponse immunitaire.L'un d'eux, le lactate de 4-hydroxyphényl (4-OH-PLA), agit comme un véritable « frein » sur les réactions allergiques. Lors d'expériences menées sur des cellules immunitaires humaines, ce composé a permis de réduire fortement la production d'immunoglobuline E (IgE), l'anticorps clé impliqué dans les réactions allergiques telles que le rhume des foins, l’eczéma ou encore l'asthme.

« La principale avancée est l'identification d'un mécanisme précis capable d'inhiber le développement des réponses allergiques dès la petite enfance », souligne Susanne Brix Pedersen, professeure à la DTU Bioengineering et responsable du projet.

En outre, aux concentrations naturellement observées dans l'intestin des nourrissons, le 4-OH-PLA diminue la production d'IgE d'environ 60 %, sans perturber les autres anticorps nécessaires à l'immunité. Autrement dit, la défense globale de l'organisme reste intacte, tandis que l'emballement allergique est contenu.

Dès les premières semaines de vie, l’alimentation influence la composition du microbiote intestinal. Les chercheurs danois se sont intéressés aux effets de cette phase sur le développement immunitaire à long terme et sur son rôle dans le développement des allergies. © stanislas_urarov, Fotolia

Un lien biologique confirmé chez des enfants suivis sur plusieurs années

Pour établir ce lien, les chercheurs ont suivi 147 enfants de la naissance jusqu'à l'âge de cinq ans, en analysant à la fois la composition de leur microbiote intestinal, les métabolites produits et l'évolution de leurs marqueurs immunitaires.

Les nourrissons présentant une forte présence de certaines bifidobactéries dès les premiers mois de vie étaient significativement moins susceptibles de développer des sensibilisations allergiques ultérieures. Les analyses génétiques des selles ont permis de cartographier précisément les bactéries impliquées et les substances produites, établissant un lien biologique solide entre microbiote, métabolites et maturation du système immunitaire.

Les chercheurs ont également identifié les facteurs favorisant naturellement cette colonisation bénéfique

  • la naissance par voie basse ; 
  • l'allaitement maternel exclusif ; 
  • les interactions précoces avec d'autres enfants.

« Les enfants nés par voie basse ont jusqu'à quatorze fois plus de chances d'acquérir ces bifidobactéries auprès de leur mère », explique Rasmus Kaae Dehli, immunologiste à la DTU.

Vers une nouvelle prévention des allergies dès les premiers mois de vie

Si ces bactéries sont de plus en plus rares dans les sociétés occidentales, les chercheurs estiment qu'il devient possible de compenser cette perte. L'ajout ciblé de bifidobactéries capables de produire le 4-OH-PLA, ou de leurs métabolites, pourrait ouvrir la voie à de nouveaux compléments probiotiques ou à des préparations infantiles enrichies, destinées aux nourrissons à risque.

Des essais cliniques sont déjà en cours au Danemark dans le cadre de l'étude Begin, visant à prévenir précocement l'asthme et les allergies. Si les résultats se confirment, une stratégie préventive pourrait voir le jour dans les prochaines années.

Ces travaux suggèrent qu'une partie de la prévention des allergies et de l'asthme pourrait se jouer bien avant l'apparition des premiers symptômes, au moment où le microbiote intestinal se met en place, dès le plus jeune âge.


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