2026-02-02

Parkinson pourrait débuter dans l’intestin, un mécanisme que les chercheurs veulent désormais cibler


Et si tout commençait dans l’intestin ? Une étude révèle comment certaines cellules du système immunitaire intestinal pourraient favoriser la progression de la maladie de Parkinson vers le cerveau, bien avant l’apparition des symptômes. Une découverte avec des enjeux majeurs pour le dépistage et les traitements.

Et si une partie de la réponse contre la maladie de Parkinson se trouvait dans nos intestins ? Une équipe du UK Dementia Research Institute décrit, dans une étude publiée dans la revue Nature, comment des cellules du système immunitaire intestinal aident une protéine toxique à voyager de l’intestin vers le cerveau, aux tout premiers stades.

Parkinson et intestin : des liens insoupçonnés

Des recherches précédentes ont révélé que 50 à 90 % des individus souffrant de la maladie de Parkinson avaient des problèmes intestinaux bien avant l'apparition de leurs symptômes moteurs, comme une constipation chronique survenant des années avant le diagnostic. Les patients sont divisés en deux catégories : ceux dont les symptômes commencent par des manifestations corporelles et ceux dont les symptômes débutent par des atteintes cérébrales. Le premier groupe constitue environ les deux tiers des personnes atteintes de cette maladie.

Effectivement, le noyau moteur dorsal du nerf vague, qui est directement connecté à l'intestin, est l'une des premières régions cérébrales affectées par cette maladie. Toutefois, jusqu'à récemment, les chercheurs ne comprenaient pas comment la maladie se diffusait vers le cerveau.

Quand l’immunité locale s’en mêle

L’étude commence par un matériau particulier : de l’alpha‑synucléine mal repliée, cette protéine qui s’accumule dans le cerveau des personnes décédées de Parkinson. De petites quantités de cette protéine ont été injectées dans l'intestin grêle de souris, puis les chercheurs ont suivi sa progression le long du nerf vague, depuis la paroi intestinale jusqu’aux structures cérébrales atteintes.

Dans ce modèle, les acteurs clés sont des macrophages installés dans la paroi de l’intestin, de véritables "éboueurs" du système immunitaire. Ces cellules engloutissent l’alpha‑synucléine mais leurs systèmes de recyclage internes, les lysosomes, montrent des signes de dysfonctionnement. Au lieu d’éliminer la protéine toxique, elles semblent en conserver des fragments capables d’alimenter la propagation de la pathologie.

Macrophages et lymphocytes T : une autoroute intestin‑cerveau

Les chercheurs ont découvert que les macrophages transmettaient ensuite un signal aux lymphocytes T, qui font partie de la réponse immunitaire adaptative de l'organisme. Ces lymphocytes T, "activés par l'intestin", quittent la paroi du tube digestif, rejoignent la circulation puis se retrouvent dans des régions cérébrales touchées par la maladie, comme le noyau moteur dorsal du nerf vague.

Point crucial, quand l’équipe a réduit le nombre de ces macrophages intestinaux avant d’injecter l’alpha‑synucléine, les souris présentaient moins de dépôts toxiques dans le cerveau que les animaux témoins et de meilleurs scores de motricité. Cette expérience suggère une nouvelle stratégie thérapeutique : empêcher ces cellules ou les lymphocytes T qu’elles recrutent, d’atteindre le cerveau pourrait freiner la cascade neurodégénérative à l'origine de la maladie.

Une piste pour agir plus tôt et détecter plus tôt Parkinson

Ces résultats précliniques redessinent les cibles possibles. "Notre étude montre que les cellules immunitaires ne sont pas de simples spectatrices dans la maladie de Parkinson ; ces macrophages intestinaux réagissent, même si c'est de manière dysfonctionnelle. Cela nous offre l'occasion de réfléchir à la manière de renforcer le fonctionnement du système immunitaire et de ces cellules, afin qu'ils réagissent correctement et contribuent à ralentir ou arrêter la propagation de la maladie", a expliqué Soyon Hong, co-auteur principal et chef de groupe à l'Institut de recherche sur la démence du Royaume-Uni (UCL).

Son collègue Tim Bartels insiste sur le dépistage. "Les maladies neurodégénératives évoluent lentement sur des décennies. Comprendre comment la maladie de Parkinson commence dans le corps pourrait nous permettre de mettre au point de simples tests sanguins pour la dépister, et de poser un diagnostic bien avant que les dommages au cerveau ne commencent. Pouvoir détecter et prendre en charge la maladie de Parkinson avant qu'elle n'atteigne même le cerveau pourrait avoir un impact immense pour les personnes concernées".


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