2026-02-08
Une étude d’envergure menée entre le Canada et le Royaume-Uni révèle que certains schémas mentaux liés à l’inquiétude ou à la rumination pourraient accélérer le déclin cognitif en modifiant directement la structure du cerveau.
Avec le vieillissement de la population, les cas de troubles cognitifs augmentent. La science cherche à mieux comprendre ce qui peut accélérer ou freiner ce déclin. Au-delà des causes biologiques connues, un nouveau facteur attire l’attention des chercheurs. Le lien entre pensée négative et démence commence à se dessiner avec plus de clarté.
Depuis plusieurs décennies, les scientifiques savent que les premiers signes biologiques de la maladie d’Alzheimer précèdent de plusieurs années l’apparition des troubles de la mémoire. L’accumulation progressive de protéines amyloïdes et tau dans certaines zones du cerveau serait l’un des marqueurs de cette évolution lente. Ces dépôts perturbent la communication entre les neurones et provoquent des lésions irréversibles à mesure qu’ils se propagent.
Pour mieux comprendre ce processus, le Centre d’études sur la prévention de la maladie d’Alzheimer, basé à Montréal, a mis en place le programme PREVENT-AD. Cette étude, lancée auprès de personnes présentant un risque familial accru, vise à identifier les facteurs précoces qui pourraient accélérer ou ralentir la progression vers la démence. Parmi les variables examinées figurent l’activité cérébrale, les marqueurs présents dans le liquide céphalo-rachidien, ainsi que les profils génétiques à risque.
Un tournant s’opère lorsque certaines études commencent à s’intéresser à l’impact des états mentaux sur ces mécanismes biologiques. En 2026, une équipe du Université Collège London établit un lien fort entre pensées négatives répétées et déclin cognitif. Les chercheurs ont suivi des patients pendant plusieurs années. Les schémas mentaux marqués par l’inquiétude ou la rumination montrent un effet mesurable. Ils s’accompagnent d’une hausse des protéines tau et amyloïdes dans le cerveau, deux marqueurs de la maladie d’Alzheimer.
L’analyse, relayée par Medical News Today, s’appuie sur deux cohortes, PREVENT-AD et IMAP+, et met en évidence un lien spécifique entre rumination mentale et accumulation de biomarqueurs, là où anxiété et dépression n’expliquent pas à elles seules les effets observés.
De son côté, Sciencefocus souligne que ce type de pensée engendre une perte de l’optimisme naturel du cerveau humain. Celui-ci, lorsqu’il fonctionne normalement, filtre l’information de manière à nous garder confiants et motivés. En cas d’exposition prolongée au stress, cette capacité s’effondre, ouvrant la voie à une dégradation accélérée des circuits cérébraux déjà fragilisés.
Si la pensée peut modifier le cerveau en profondeur, elle pourrait aussi devenir un levier thérapeutique. Cette hypothèse change le regard porté sur la prévention de la démence. Les auteurs de l’étude formulent désormais l’espoir que des approches ciblées, comme les thérapies cognitives ou la pleine conscience, puissent freiner la progression de la maladie. À terme, ces techniques pourraient aussi réduire les risques chez les personnes les plus vulnérables.
Dans cette perspective, l’hygiène mentale pourrait bientôt devenir aussi essentielle que l’alimentation ou l’activité physique dans les politiques de santé. Les médicaments peinent encore à produire des effets durables. En revanche, des interventions précoces sur les schémas de pensée semblent plus simples à mettre en œuvre.
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