2026-02-10
Et si votre ADN comptait bien plus que votre mode de vie pour déterminer la durée de votre existence ? Une étude majeure, publiée dans Science, bouscule une idée largement admise et révèle que la génétique jouerait un rôle largement sous-estimé dans la longévité humaine, ouvrant la voie à une nouvelle compréhension du vieillissement… et à des traitements sur mesure.
Dans quelle mesure la durée de vie humaine est-elle héréditaire ? Jusqu'à présent, les scientifiques estimaient que l'héritage génétique (mutations génétiques, maladies liées au vieillissement...) jouait un rôle relativement minime dans la mortalité, et que les autres facteurs de mortalité (violence, accidents, infections, etc.) étaient prépondérants.
Les études menées ces dernières années sur le sujet montrent en effet que le poids des gènes dans l'espérance de vie est d'environ 20-25 % - et même de seulement 6 %, selon certains scientifiques à l'origine d'études de grande ampleur.
Mais une nouvelle étude, publiée dans la célèbre revue Science, rebat les cartes de cette certitude en présentant une vision totalement différente de l'influence des gènes.
Pour parvenir à ce constat, les auteurs, des scientifiques de l'Institut Weizmann, situé à Rehovot en Israël, se sont servis de trois grandes bases de données issues du suivi pendant plus d'un siècle de cohortes de jumeaux scandinaves (danois et suédois). L'ensemble des paires de jumeaux étaient similaires sur le plan génétique (vrais jumeaux). Les données intégraient celles de l'étude Satsa (Swedish Adoption/Twin Study of Aging) dans laquelle des jumeaux avaient été élevés séparément, permettant ainsi d'isoler les facteurs de mode de vie des facteurs génétiques, une première dans ce type d'étude.
Résultat : la génétique explique plus de 50 % de la variation de la durée de vie humaine, soit deux fois plus, voire davantage, que ce que l'on pensait auparavant. Comment les chercheurs sont parvenus à ce chiffre ?

Grâce à l’utilisation de cohortes de jumeaux, notamment de jumeaux qui avaient été élevés séparément, les chercheurs israéliens sont parvenus à montrer comment la mortalité extrinsèque « masquait » les corrélations entre leurs durées de vie. © Science (2026)
À l'aide de modèles mathématiques, ils ont réussi à démontrer que les estimations antérieures concernant l'héritabilité génétique de l'espérance de vie étaient masquées par des niveaux élevés de « mortalité extrinsèque » (hors facteurs génétiques), notamment des décès causés par des accidents, des infections et des risques environnementaux. Jusqu'à présent en effet, aucun scientifique n'avait pu isoler les facteurs de mortalité extrinsèque de la mortalité « intrinsèque » (génétique), en raison du fait que les données utilisées ne fournissaient aucune information sur les causes des décès.
Pour surmonter cet obstacle, les auteurs de l'étude de Science ont développé un cadre innovant comprenant une simulation mathématique de « jumeaux virtuels » afin de séparer les décès dus au vieillissement biologique de ceux causés par des facteurs extrinsèques. Leur constat : à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, lorsque ces cohortes ont vu le jour, les causes extrinsèques jouaient un rôle important dans la mortalité, mais une fois celles-ci exclues, la longévité semble être héréditaire à environ 50 %, comme beaucoup d'autres traits.
Les scientifiques ont d'ailleurs constaté que leurs résultats étaient cohérents avec l'héritabilité d'autres traits humains complexes et à l'héritabilité de la durée de vie chez d'autres espèces, ce qui confirme la fiabilité de leurs résultats.
« Pendant de nombreuses années, on a pensé que la durée de vie humaine était presque entièrement déterminée par des facteurs non génétiques, ce qui a conduit à un scepticisme considérable quant au rôle de la génétique dans le vieillissement et à la possibilité d'identifier les déterminants génétiques de la longévité, explique Ben Shenhar, le principal auteur, chercheur au département de biologie cellulaire moléculaire de l'Institut Weizmann. En revanche, si l'héritabilité est élevée, comme nous l'avons montré, cela incite à rechercher des variantes génétiques qui prolongent la durée de vie, afin de comprendre la biologie du vieillissement et, éventuellement, de le traiter de manière thérapeutique. »
Si des « gènes de la longévité » sont identifiés, il deviendrait possible de comprendre les mécanismes du vieillissement et ainsi éclairer la médecine et la santé publique, grâce notamment à des traitements personnalisés pour améliorer la longévité.
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