2026-02-11

Dans la rétine, une infection bactérienne pourrait précipiter la maladie d’Alzheimer


Les chercheurs s’intéressent désormais à la rétine comme un terrain accessible pour suivre l’évolution silencieuse de pathologies cérébrales complexes, grâce à l’identification de processus infectieux jusque-là négligés.

Depuis plusieurs années, la maladie d’Alzheimer ne se limite plus au cerveau dans l’esprit des chercheurs. Des signes biologiques apparaissent dans des tissus inattendus, révélant une pathologie plus diffuse qu’on ne l’imaginait. Parmi eux, l’œil attire désormais l’attention comme un prolongement direct du système nerveux central. Des travaux récents suggèrent que des phénomènes invisibles à l’examen clinique classique pourraient s’y installer longtemps avant les symptômes les plus sévères.


Un germe discret dans l’œil, une alerte biologique pour le cerveau

Des chercheurs américains ont mis en évidence la présence de Chlamydia pneumoniae dans la rétine de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Cette bactérie, connue pour provoquer des infections respiratoires courantes comme certaines pneumonies, avait déjà été repérée dans des tissus cérébraux de patients décédés. Son identification dans la rétine marque une étape supplémentaire dans la compréhension de la diffusion de la maladie.

L’analyse de tissus post-mortem provenant de plus d’une centaine de donneurs montre une accumulation nettement plus importante de cette bactérie chez les patients atteints d’Alzheimer que chez les personnes sans trouble cognitif. Les niveaux observés augmentent avec la sévérité du déclin cognitif et avec l’avancée des lésions neuropathologiques, suggérant une association étroite entre charge bactérienne et progression de la maladie.

Cette découverte a été rapportée dans la revue Nature Communications, qui détaille l’ensemble des analyses histologiques, génétiques et protéomiques réalisées sur les tissus rétiniens et cérébraux. Les chercheurs soulignent que la rétine offre un accès unique à des processus pathologiques jusque-là difficiles à observer chez des patients vivants.

Quand l’infection oculaire alimente les mécanismes d’Alzheimer

L’infection oculaire ne semble pas être un simple marqueur passif. Les chercheurs observent que la présence de Chlamydia pneumoniae est associée à une augmentation des dépôts de bêta-amyloïde, une protéine clé de la maladie d’Alzheimer, ainsi qu’à des signes accrus de dégénérescence neuronale.

Les analyses révèlent que la bactérie se loge fréquemment près de cellules nerveuses endommagées et de structures riches en amyloïde. Lorsque la charge bactérienne augmente, les performances cognitives chutent, comme l’indiquent les scores obtenus avant le décès à des tests standardisés tels que le MMSE. Cette association renforce l’idée que l’infection joue un rôle actif dans l’aggravation des troubles.

Les personnes porteuses du variant génétique APOE ε4, connu pour augmenter le risque de développer Alzheimer, présentent également des niveaux plus élevés de la bactérie dans la rétine et le cerveau. Cette convergence entre génétique, infection et neurodégénérescence suggère une vulnérabilité accrue de certains profils biologiques face aux processus inflammatoires chroniques.

Le rôle de l’inflammasome NLRP3 dans la spirale neurodégénérative

Les chercheurs ont mis en évidence un lien direct entre la bactérie et la destruction cellulaire. Ce lien passe par l’activation du complexe NLRP3. Ce système joue un rôle central dans l’immunité innée, mais il devient nocif lorsqu’il reste actif trop longtemps.

Dans la rétine de certains patients Alzheimer, les taux de NLRP3 explosent. Ses messagers inflammatoires aussi. Cette activation déclenche la libération de cytokines agressives, mais favorise surtout la pyroptose, une mort cellulaire très dommageable pour les neurones. Les cellules touchées montrent des signes nets de stress, d’inflammation et de déclin.

Des tests menés sur cultures humaines et sur souris renforcent ce lien. L’infection à Chlamydia pneumoniae suffit à déclencher la cascade inflammatoire. Elle aggrave aussi les troubles cognitifs chez les animaux déjà sensibles. D’après les résultats relayés par ScienceAlert, la rétine devient alors une fenêtre précieuse sur les mécanismes de la maladie. Elle pourrait même ouvrir la voie à des traitements ciblant l’inflammation dès les premiers signes.

EN BREF

  • Des chercheurs américains ont découvert Chlamydia pneumoniae dans la rétine de patients Alzheimer, révélant une pathologie plus diffuse que prévu.
  • La bactérie est associée à une augmentation des dépôts de bêta-amyloïde et à une dégénérescence neuronale accrue.
  • La rétine pourrait devenir une fenêtre sur les mécanismes d'Alzheimer, ouvrant la voie à des traitements ciblant l'inflammation


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