2026-02-22

Cancer de l’enfant et de l’adolescent : 85% des cancers pédiatriques touchent les moins de 15 ans


Le cancer de l’enfant et de l’adolescent demeure un enjeu sanitaire majeur. Les données du Registre national des cancers de l’enfant et de l’adolescent (RNCEA), publiées par l’Institut national de santé publique (INSP) et rendues publiques en mars 2025, portent sur l’ensemble des nouveaux cas diagnostiqués entre le 1er janvier et le 31 décembre 2022. Elles offrent une photographie précise de la situation à l’échelle nationale.

Au total, 837 nouveaux cas de cancers pédiatriques ont été enregistrés en 2022. Parmi eux, 482 concernent des garçons, soit 57,6% et 355 des filles, soit 42,4%. Ces cancers représentent 1,64% de l’ensemble des 51 095 nouveaux cas recensés dans le Réseau national, dont 22 477 chez les hommes et 28 618 chez les femmes. La part des cancers pédiatriques atteint 2,14% chez les garçons et 1,24% chez les filles. L’incidence brute annuelle est estimée à 48,84 cas par million d’enfants : 54,73 chez les garçons et 41,61 chez les filles. L’incidence standardisée, qui tient compte de la structure d’âge de la population de référence, atteint 1,95 cas par million d’enfants, avec 2,19 chez les garçons et 1,70 chez les filles.

Ces niveaux confirment la rareté relative de ces cancers, tout en soulignant leur poids humain et social. Les facteurs de risque des cancers pédiatriques sont souvent inconnus, rendant difficile sinon impossible la mise en œuvre d’actions de prévention primaire ou secondaire. Ces cancers surviennent sur des organismes en pleine croissance et ont d’importantes répercussions psychosociales et médicales sur la vie actuelle et future de l’enfant et de sa famille, telles que la perturbation de la vie familiale, de la scolarité et de la vie professionnelle, ainsi que l’apparition d’effets secondaires iatrogènes et de séquelles à long terme pouvant être à l’origine de maladies chroniques chez les enfants guéris.

714 cas pour les moins de 15 ans

Les enfants de moins de 15 ans concentrent 85,3% des cas, soit 714 nouveaux diagnostics, dont 410 chez les garçons et 304 chez les filles. Les incidences brutes atteignent 56,80 pour un million chez les garçons et 44,61 chez les filles. L’incidence chez les moins de 5 ans est significativement plus élevée que chez les 5 à 9 ans et les 10 à 14 ans, avec une probabilité d’erreur inférieure à 5%. Chez les filles de 0 à 14 ans, près de la moitié des cas surviennent avant 5 ans, soit 147 cas correspondant à 48,4%. L’âge moyen au diagnostic est de 5,63 ans et l’âge médian de 5 ans. En 2022, les tumeurs du système nerveux central (SNC) occupent la première place avec une incidence brute de 9,39 pour un million. Elles sont suivies des leucémies à 7,78 et des tumeurs rénales à 5,43 pour un million.

Le néphroblastome atteint 4,99, le rétinoblastome 4,70 et les lymphomes 3,96 pour un million. A elles seules, les tumeurs du système nerveux central, les leucémies, les tumeurs rénales et le rétinoblastome regroupent 61,2% des diagnostics. Avant 5 ans, le rétinoblastome domine avec 11,74 pour un million, suivi des leucémies à 10,57, des tumeurs rénales à 9,39 et des tumeurs du système nerveux central à 9,00 pour un million. Chez les nourrissons de moins d’un an, le rétinoblastome représente 35,3% des cas, tandis que les leucémies et le neuroblastome atteignent chacun 20,6%. Entre 5 et 9 ans, les tumeurs du système nerveux central deviennent les plus fréquentes avec 13,65 pour un million, les leucémies atteignant 6,40 et le néphroblastome 4,69 pour un million. Entre 10 et 14 ans, les tumeurs malignes osseuses prennent la première place avec 8,88 pour un million, suivies des lymphomes à 6,27, des leucémies à 5,75 et des tumeurs du système nerveux central à 4,70 pour un million. Chez les garçons de moins de 15 ans, 410 nouveaux cas ont été recensés. L’âge moyen au diagnostic est de 5,98 ans et l’âge médian de 5 ans. Près de 45,1% des cas surviennent avant 5 ans, soit 185 cas. Les 5 à 9 ans regroupent 121 cas et les 10 à 14 ans 104 cas.

Le pic d’incidence observé avant 5 ans est statistiquement plus élevé que dans les autres tranches d’âge avec un chi carré de 38,65 et une probabilité inférieure à 5%. Les tumeurs du système nerveux central présentent l’incidence la plus élevée avec 14,13 pour un million, suivies des lymphomes à 10,53 et des leucémies à 8,87 pour un million. Les tumeurs rénales atteignent 8,78, le rétinoblastome 7,32 et les tumeurs du système nerveux sympathique 7,07 pour un million. Les trois premiers groupes représentent 59,02% des cancers masculins de moins de 15 ans. Avant 5 ans, les tumeurs du système nerveux central atteignent 13,32 pour un million et les leucémies 12,21. Le rétinoblastome et les tumeurs rénales atteignent chacun 9,99 pour un million. Chez les nourrissons, le neuroblastome, le rétinoblastome et les tumeurs du système nerveux central représentent chacun 22,2 % des cas. Les leucémies concernent 19,4%. Entre 5 et 9 ans, les tumeurs du système nerveux central culminent à 17,32 pour un million, les lymphomes à 14,10 et les leucémies à 6,04. Entre 10 et 14 ans, les tumeurs du système nerveux central restent en tête avec 11,31 pour un million, suivies des lymphomes à 10,82 et des leucémies et tumeurs malignes osseuses à 7,87 pour un million chacune.

Les adolescents représentent 123 cas, soit 14,7% de l’ensemble des cancers pédiatriques. Parmi eux, 72 sont des garçons et 51 des filles. Le sexe ratio est de 1,4. L’incidence brute atteint 45,31 pour un million chez les garçons et 33,64 chez les filles. Les incidences standardisées sont respectivement de 0,41 et 0,30 pour un million. Chez les adolescentes, les mélanomes malins et tumeurs malignes épithéliales dominent avec 13,19 pour un million. Les lymphomes et les tumeurs malignes osseuses atteignent chacune 5,28 et les tumeurs du système nerveux central 3,96. Ces groupes représentent 82,4% des diagnostics. Chez les adolescents, les mélanomes malins et tumeurs épithéliales malignes atteignent 9,44 pour un million. Les tumeurs malignes osseuses suivent avec 8,81, les lymphomes avec 8,18, les sarcomes des tissus mous avec 6,92 et les tumeurs du système nerveux central avec 6,29 pour un million. Ces cinq groupes regroupent 87,5% des cas.

Plus de 200 cas à Alger et Blida, moins de 5 ailleurs

La répartition géographique des cas apporte un éclairage complémentaire sur la concentration des cancers. Selon le tableau consacré à la wilaya de résidence, 63,2% des enfants pris en charge dans les structures du Réseau Centre résident dans les wilayas relevant de ce même réseau. Les wilayas du Réseau Est représentent 18,4 % des cas et celles du Réseau Ouest seulement 6%, ce qui soulève des questions sur les raisons pour lesquelles certaines régions concentrent un nombre élevé de cas alors que d’autres restent relativement épargnées ? Ces différences reflètent-elles la densité de population, l’accès aux structures de prise en charge ou des facteurs socio-environnementaux ? Le Réseau Centre regroupe 529 cas répartis sur 13 wilayas. Alger arrive en tête avec 170 cas, suivie de Blida (67), Boumerdès (46) et Médéa (41). Aïn Defla (39), Djelfa (37) et Bouira (22) suivent, tandis que Tizi Ouzou, Ghardaïa et El Meniaa comptent 21 cas chacune. Ces chiffres incitent à s’interroger sur la concentration dans certaines wilayas et à savoir si elle reflète un recours plus fréquent aux structures ou une incidence réelle plus élevée ? Le Réseau Est totalise 154 cas sur 20 wilayas. Béjaïa en compte 21, M’Sila 20 et Ouargla 15. Biskra, Jijel, Bordj Bou Arréridj et El Oued affichent entre 11 et 13 cas chacun.

Les autres wilayas enregistrent de 2 à 9 cas. Ces variations posent la question de la couverture réelle des services et de la détection des cas. Le Réseau Ouest regroupe 50 cas sur 15 wilayas. Tiaret (14) et Adrar (9) enregistrent les chiffres les plus élevés, tandis que Mascara, Mostaganem et Sidi Bel Abbès comptent 3 cas chacun, et El Bayadh seulement un cas. Ces faibles effectifs interrogent sur l’accès aux structures et la déclaration des cas. Au total, la ventilation géographique couvre 733 cas sur 837, laissant un écart de 104 cas. Cela pourrait résulter de données de résidence manquantes ou de cas pris en charge hors du tableau du Réseau Centre. Ces données confirment néanmoins une concentration dans le Réseau Centre et particulièrement à Alger, tandis que l’Est et l’Ouest restent peu représentés. Quels facteurs expliquent cette disparité ? Démographie, accessibilité, sensibilisation ou incidence réelle ? La synthèse annuelle relève un recul du taux d’exhaustivité du registre estimé à 1,6% par rapport à 2021.

Les incidences brutes demeurent stables, notamment chez les garçons. L’année 2022 confirme que les cancers pédiatriques touchent majoritairement les moins de 15 ans, avec une prédominance masculine constante. Le profil épidémiologique reste dominé par les tumeurs du système nerveux central et les leucémies chez l’enfant, tandis que l’adolescence se caractérise par une diversification des formes tumorales. Bien que relativement rares, ces maladies pèsent fortement sur la vie des enfants et de leurs familles. La concentration des cas dans certaines tranches d’âge et régions souligne des enjeux majeurs de prévention, d’accès aux soins et de suivi médical.

Ces données rappellent l’urgence de renforcer la détection précoce, la prise en charge spécialisée et le soutien psychosocial pour limiter l’impact à long terme sur les jeunes patients et leur entourage.

Enquête réalisée par Abdelouahab Souag


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