2026-02-23
Des travaux récents suggèrent qu’un traitement largement prescrit pourrait influencer les mécanismes biologiques associés à l’usure de l’organisme. En agissant sur le métabolisme, l’inflammation et le stress cellulaire, cette molécule intéresse désormais les chercheurs pour son potentiel à prolonger la vie en bonne santé.
Pendant longtemps, la médecine s’est concentrée sur une stratégie simple. Traiter les maladies une par une à mesure qu’elles apparaissent. Mais avec l’allongement de l’espérance de vie, cette approche montre ses limites. De plus en plus de chercheurs explorent une autre piste. Agir directement sur les mécanismes du vieillissement lui-même. Un médicament bien connu, la metformine, s’impose alors comme un candidat inattendu pour ralentir l’usure biologique de l’organisme.
Le vieillissement n’est plus considéré comme un processus passif et inévitable. Les recherches menées ces dernières décennies ont identifié plusieurs mécanismes biologiques qui expliquent la dégradation progressive des tissus et l’apparition des maladies liées à l’âge.
Inflammation chronique, dérèglements métaboliques, accumulation de dommages cellulaires ou encore dysfonctionnement mitochondrial constituent autant de cibles potentielles pour la médecine. L’objectif n’est plus seulement d’allonger la durée de vie, mais d’augmenter la période passée en bonne santé.
Cette approche repose sur un constat simple. La plupart des grandes maladies liées à l’âge, comme les cancers, les maladies cardiovasculaires ou les troubles neurodégénératifs, partagent des mécanismes biologiques communs. Ralentir ces processus pourrait donc retarder l’apparition de plusieurs pathologies à la fois. Une analyse publiée dans Ageing Research Reviews souligne que ces interventions, appelées géroprotecteurs, pourraient devenir un levier majeur pour préserver les fonctions physiques et cognitives au grand âge.
Initialement prescrite pour traiter le diabète de type 2, la metformine agit sur le métabolisme énergétique des cellules. Mais ses effets dépassent largement le contrôle de la glycémie. Les travaux récents montrent qu’elle influence plusieurs voies biologiques associées à la longévité.
Le médicament réduit les niveaux d’insuline et de facteurs de croissance, limite la production de molécules oxydantes et active l’enzyme AMPK, un régulateur central du métabolisme cellulaire. Ces effets contribuent à diminuer l’inflammation, à améliorer l’autophagie et à ralentir la sénescence cellulaire. Une synthèse publiée dans Cell Metabolism indique que la molécule cible plusieurs mécanismes fondamentaux du vieillissement et pourrait ainsi retarder l’apparition de nombreuses maladies liées à l’âge.
Des données chez l’humain viennent renforcer cet intérêt. Une étude menée sur des femmes diabétiques de plus de 60 ans a suivi leur état de santé pendant plusieurs décennies. Les participantes traitées par metformine présentaient un risque de décès avant 90 ans inférieur de 30% par rapport à celles recevant un autre traitement antidiabétique. Ces résultats, issus de la cohorte Women’s Health Initiative et publiés dans The Journals of Gerontology, suggèrent un lien possible entre ce traitement et une longévité exceptionnelle.
Si ces observations relayées par ScienceAlert se confirment, elles pourraient transformer la manière de prévenir les maladies liées à l’âge. Plutôt que de multiplier les traitements spécifiques, la médecine chercherait à agir en amont sur les processus biologiques qui favorisent leur apparition.
C’est précisément l’objectif de l’essai clinique TAME, conçu pour évaluer si la metformine peut retarder simultanément plusieurs pathologies majeures du vieillissement. L’enjeu dépasse la simple question de la durée de vie. Il s’agit de préserver l’autonomie, de réduire la dépendance et de limiter le poids des maladies chroniques dans des populations de plus en plus âgées.
Cette approche ouvre aussi la voie à une nouvelle génération de traitements capables de cibler directement la biologie du vieillissement. Si un médicament ancien comme la metformine peut modifier ces trajectoires, il pourrait devenir le premier exemple d’une médecine conçue non plus pour traiter les maladies de l’âge, mais pour en retarder l’apparition à la racine.
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