2026-05-16

Selon les résultats d’une enquête : Recours élevé aux antibiotiques dans les CHU d’Alger


Réalisée au niveau des cinq CHU d’Alger, à savoir le CHU Mustapha, le CHU Mohamed Lamine-Debaghine Bab El Oued, le CHU Issad Hassani de Beni Messous, le CHU Nafissa Hamoud d’Hussein Dey ainsi que le CHU Djilali Bounaâma de Douéra, l’étude menée, sur une période de deux ans, a été initiée par l’Institut national de santé publique (INSP) d’Algérie en collaboration avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Celle-ci fut réalisée dans un double objectif.

Tout d’abord quantifier l’utilisation de cette classe thérapeutique, mais surtout fournir des données essentielles pour optimiser le bon usage des antibiotiques en milieu de soins. Et si cette enquête revêt une importante capitale, c’est car l’antibiorésistance ne cesse de gagner du terrain. Et paramètre important à prendre en considération : l’étude a porté sur les principales spécialités cliniques impliquées dans la prescription des antibiotiques au sein des cinq CHU d’Alger, soit la chirurgie, la gynéco-obstétrique, les services médicaux et les soins intensifs. «Cette sélection permet d’analyser les profils de prescription selon différents contextes cliniques, allant de la prophylaxie chirurgicale à la prise en charge des infections graves en réanimation», expliquent les auteurs du rapport. En premier lieu, le rapport fait état d’une hétérogénéité considérable de la consommation d’antibiotiques entre les CHU d’Alger. De ce fait, il a été constaté que le CHU de Beni Messous et le CHU de Douéra affichent les plus fortes consommations.

Et a contrario, le CHU de Bab El Oued enregistre la consommation la plus faible du groupe, où la prédominance des séjours prolongés qui diluent le ratio. Dans le détail, les résultats de l’enquête nous renseignent quant à la consommation d’antibiotiques au niveau du CHU Mustapha. Celle-ci serait du même ordre de grandeur en chirurgie et en médecine (501,9/1000JH et 573,86/1000JH). Toutefois, «elle reste nettement inférieure à celle des soins intensifs, évaluée à 1546,21/1000JH», détaille l’enquête.

La raison ? Les auteurs de l’enquête affirment que le profil des patients hospitalisés et la gravité des pathologies prises en charge expliquerait cela. Par ailleurs, ces derniers assurent que les spécialités médicales se situent à un niveau intermédiaire, ce qui peut s’expliquer par la diversité des pathologies médicales chroniques nécessitant souvent des traitements prolongés et variés.

A contrario, le rapport indique que la chirurgie affiche le taux le plus bas. «Cela traduit généralement des durées d’hospitalisation plus courtes et une pharmacothérapie ciblée (antibioprophylaxie préopératoire et gestion de la douleur post-opératoire), avec moins de traitements de fond», explique encore la même source. Même état des lieux du côté du CHU de Bab El Oued. En effet, les résultats indiquent une consommation d’antibiotiques particulièrement élevée en soins intensifs, nettement supérieure à celle des autres spécialités de l’établissement avec 2504/1000JH. Les niveaux sont plus modérés en chirurgie et en médecine, tandis que la gynéco-obstétrique affiche la valeur la plus basse avec 96,24/1000JH. A noter que le CHU de Bab El Oued «présente une consommation d’antibiotiques très élevée en soins intensifs, notamment pour l’amikacine, tandis que les autres spécialités (chirurgie, médecine, gynéco-obstétrique) affichent des niveaux d’utilisation nettement plus faibles, dominés par les bêtalactamines», révèlent les auteurs de l’enquête.


Suspicion de résistance

Le CHU d’Hussein Dey présente une consommation d’antibiotiques globalement homogène, avec une légère augmentation en gynéco-obstétrique (444,2/1000JH), bien que les niveaux restent proches de ceux observés en chirurgie (451,53/1000JH) et en médecine (352,5/1000JH).

Si jusque-là les soins intensifs arrivaient en tête du classement en termes de consommation d’antibiotiques, les conclusions de l’enquête concernant le CHU de Beni Messous viennent bousculer ce classement. En effet, dans ce dernier, une consommation d’antibiotiques particulièrement élevée a été constatée en soins intensifs avec 1264,55/1000JH mais encore plus en chirurgie avec 1446,58/1000JH. «La gynécologie affiche également un niveau relativement élevé avec 713,12/1000JH», poursuit le rapport. Au CHU de Douéra, la consommation d’antibiotiques est très élevée en chirurgie et en soins intensifs avec respectivement 1978,7/1000JH et 1721,4/1000JH, dépassant largement les autres spécialités, à l’exemple de la gynécologie avec 232,2/1000JH et les spécialités médicales avec 506,24 /1000JH. En termes de «type» d’antibiotiques utilisé, le rapport fait savoir que la consommation est principalement dominée par les antibiotiques de la catégorie «Surveillance ou Watch», suivis par ceux de la catégorie «Accès», qui reste globalement inférieure à l’objectif fixé par l’OMS (60%), traduisant un recours privilégié à des molécules à plus fort potentiel de sélection de résistances et ce pour l’ensemble des cinq CHU. Sachant que les recommandations préconisent de privilégier en priorité l’utilisation des antibiotiques du groupe «Accès».

En d’autres termes, la catégorie «Surveillance» englobe les antibiotiques à plus forte priorité indiqués pour des infections spécifiques ou en cas de suspicion de résistance. «Leur utilisation nécessite une surveillance rigoureuse afin de limiter le développement de résistances et maintenir leur efficacité», expliquent les auteurs de l’étude. En ce qui concerne l’autre catégorie fortement utilisée, à savoir «Access», celle-ci regroupe les antibiotiques à large spectre, essentiels, généralement à large disponibilité, recommandés en traitement de première intention.

Toutefois, «leur utilisation doit être privilégiée de manière encadrée afin de préserver leur efficacité», recommandent les spécialistes. Pour ce qui est des antibiotiques de la catégorie «Reserve», le rapport indique que leur consommation demeure faible dans la plupart des établissements, à l’exception du CHU de Douéra et du CHU de Beni Messous où elle atteint environ 10 à 12%. «Leur utilisation, notamment en chirurgie, requiert toutefois une vigilance renforcée afin de limiter l’émergence de résistances bactériennes», recommandent les spécialistes.

Agent pathogène-antibiotique

Finalement, l’enquête réalisée auprès des 5 CHU d’Alger révèle une consommation d’antibiotiques élevée et variable. «Ces données confirment la nécessité d’une sensibilisation accrue du personnel soignant», recommande le rapport. D’autant plus que le dernier rapport de l’OMS publié en 2025 a révélé qu’un sixième des infections bactériennes confirmées en laboratoire en 2023 et entraînant des infections courantes chez l’être humain dans le monde étaient résistantes aux traitements antibiotiques.

Pis encore, l’OMS avait annoncé qu’entre 2018 et 2023, la résistance aux antibiotiques a augmenté dans plus de 40% des associations agent pathogène-antibiotique faisant l’objet d’une surveillance, l’augmentation annuelle moyenne étant comprise entre 5 et 15%. A cet effet, l’OMS a assuré que «l’augmentation de la résistance aux antibiotiques essentiels constitue une menace croissante pour la santé mondiale». De son côté, le Pr Yacine Achouri, chef du service de pharmacie du CHU d’Hussein Dey avait expliqué à El Watan qu’on parle d’antibiorésistance lorsque l’antibiotique ne fonctionne plus.

«Il devient inefficace face à ces bactéries résistantes.» Selon lui, les patients infectés restent alors malades plus longtemps, développent des formes plus graves de la maladie et, dans certains cas, peuvent malheureusement décéder, notamment si l’infection est causée par une bactérie multirésistante, c’est-à-dire résistante à plusieurs antibiotiques différents. «C’est aujourd’hui un problème de santé publique majeur à l’échelle mondiale», a-t-il confié.

Dossier réalisé par Sofia Ouahib

Bon à savoir !

Selon le Pr. Achouri, les antibiotiques n’agissent pas uniquement sur la bactérie responsable de l’infection pour laquelle ils sont prescrits. «Ils impactent aussi toutes les autres bactéries présentes dans notre organisme, y compris celles qui nous sont bénéfiques», a-t-il indiqué. En d’autres termes, lorsqu’il y a une consommation excessive d’antibiotiques, celui-ci élimine non seulement la bactérie responsable de l’infection mais aussi une partie de cette flore protectrice. «Cela va ainsi déséquilibrer notre microbiome et laisser place à des bactéries résistantes qui survivent, se multiplient et peuvent transmettre leur résistance», a-t-il poursuivi. S. O.

Les mécanismes de l’antibiorésistance

Selon le Pr. Achouri, l’antibiorésistance désigne la capacité des bactéries à contourner l’action des antibiotiques. Et celle-ci repose sur quatre grands mécanismes.

  • *D’abord, le camouflage. Des mutations génétiques modifient la cible de l’antibiotique, qui ne peut plus s’y fixer et de fonctionner.
  • *Ensuite, il y a le brouillage. Certaines bactéries produisent des enzymes qui dégradent ou neutralisent l’antibiotique en modifiant leur structure avant qu’il agisse.
  • *Puis, on retrouve le blindage. Ce mécanisme se traduit, selon le Pr. Achouri par le fait que des bactéries bloquent l’entrée de l’antibiotique dans la cellule ou l’expulsent activement via des pompes, l’empêchant d’atteindre sa cible.
  • *Et enfin, il y a la technique des biofilms. Ces dernier «freinent la pénétration des traitements et favorisent la transmission des gènes de résistance», a-t-il expliqué.


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