2026-05-30
Le regard porté sur une structure de santé se concentre le plus souvent sur la compétence de ses praticiens et sur la qualité de ses équipements, qu’ils soient dédiés au diagnostic ou au traitement. Ces éléments sont en effet essentiels à la prise en charge des patients. Mais ils ne suffisent pas, à eux seuls, à garantir un environnement hospitalier optimal, notamment lorsqu’il s’agit d’un centre hospitalo-universitaire (CHU).
L’exemple du CHU Issad Hassani de Beni Messous illustre parfaitement cette réalité. Au-delà des performances médicales reconnues de nombreux services, cet établissement se distingue aujourd’hui par une transformation plus globale, portée par son administration générale, sous l’impulsion de son directeur général et avec l’implication de l’ensemble des acteurs hospitaliers.
Car, comme le dit l’adage, «la caravane avance à la cadence du chameau le plus lent». La qualité des soins repose sur un travail collectif où chaque intervenant – médecins, paramédicaux, personnels techniques et administratifs – contribue, à son niveau, au bien-être médical et social du patient.
L’histoire de l’hôpital de Beni Messous remonte à la période coloniale. Le site, initialement occupé par des installations militaires et des structures sociales, évolue progressivement vers une vocation sanitaire, notamment dans la lutte contre la tuberculose et les maladies infantiles. Entre 1948 et 1950, un hôpital spécialisé est édifié dans un style pavillonnaire inspiré des sanatoriums, avec galeries de cure et longs corridors. Ce noyau originel constitue aujourd’hui encore l’ossature du CHU créé en 1971. Avec ses 27 hectares, l’établissement figure parmi les plus vastes du pays. Il regroupe un grand nombre de spécialités médicales et chirurgicales, même si certaines disciplines restent absentes, comme la neurologie ou la chirurgie cardiovasculaire. D’autres, en revanche, sont fortement représentées, à l’image de la pneumologie ou la pédiatrie, en raison de réalités épidémiologiques et démographiques propres au pays.
La coexistence de plusieurs services d’une même spécialité impose une organisation rigoureuse, fondée sur la mutualisation des moyens et une coordination permanente. Pour les pathologies complexes, notamment en cancérologie, les réunions de concertation pluridisciplinaires (RCP) jouent un rôle central. Elles permettent d’établir un diagnostic précis et de définir une stratégie thérapeutique concertée, dans le respect de l’éthique et de la déontologie médicales. Cette approche s’inscrit dans une évolution plus large vers la médecine de précision, illustrée par le développement de la médecine moléculaire. Celle-ci mobilise plusieurs disciplines – génétique, immunologie, biologie cellulaire – pour proposer des traitements personnalisés, plus efficaces et mieux ciblés.
Le CHU de Beni Messous dispose d’un palmarès notable, notamment dans la recherche sur la tuberculose, dont certains travaux ont acquis une reconnaissance internationale. Le service d’hématologie s’impose comme une référence nationale pour les maladies hémorragiques héréditaires, tandis que le service d’épidémiologie a longtemps été un centre de vaccination agréé par l’OMS. Dans le domaine chirurgical, la cœlioscopie des cancers digestifs est maîtrisée depuis plusieurs années. Le service ORL se distingue par la prise en charge des pathologies complexes de la base du crâne et par son implication dans la formation. La cardiologie interventionnelle, avec l’angioplastie et la pose de stents, témoigne également du niveau technique atteint par l’établissement. Parallèlement, des projets structurants sont en cours, notamment dans le domaine de l’oncologie et de la radiothérapie, avec l’installation d’équipements modernes en partenariat avec Sonatrach.
La numérisation des urgences, la création d’unités spécialisées (antidouleur, neurovasculaire) et l’amélioration des pratiques d’hygiène traduisent une volonté de modernisation continue. L’affectation de pharmaciens au sein des services constitue une avancée importante dans la gestion rationnelle des médicaments. L’imagerie médicale occupe une place stratégique, avec l’introduction précoce de techniques innovantes, comme la tomosynthèse ou la macrobiopsie mammaire, permettant des diagnostics plus rapides et moins invasifs.
L’une des transformations les plus visibles concerne l’aménagement des espaces. Longtemps laissés à l’abandon, de vastes terrains ont été réhabilités pour améliorer le quotidien des patients, des accompagnateurs et du personnel. Espaces verts, sanitaires, zones de restauration, aires de jeux, terrain de sport et même bureau de poste participent désormais à une meilleure qualité de vie au sein de l’hôpital. La création d’une voie périphérique interne et d’un vaste parking a également permis de résoudre les problèmes (مشکلات) de circulation et de stationnement, fréquents dans les établissements hospitaliers. Les infrastructures pédagogiques n’ont pas été oubliées, avec la rénovation de quatre amphithéâtres et des espaces d’enseignement.
Ces évolutions témoignent d’une vision moderne de l’hôpital, où la qualité des soins ne se limite pas à l’acte médical, mais intègre l’ensemble de l’environnement hospitalier. Elles sont à mettre à l’actif de la direction actuelle, à sa tête le DG M. Boufassa, qui a su valoriser les acquis tout en engageant de nouvelles initiatives structurantes. Pour autant, certains défis demeurent, notamment en matière de ressources paramédicales, dont le renforcement apparaît indispensable dans plusieurs services.
Conclusion L’expérience du CHU Issad Hassani de Beni Messous montre que la performance hospitalière repose sur un équilibre entre compétence médicale, organisation administrative et qualité de l’environnement. Toute défaillance dans la coordination entre ces différents acteurs impacte inévitablement la prise en charge du patient. C’est dans cette complémentarité que réside la véritable force d’un grand établissement hospitalier.
Par le Pr Omar Zemirli
Ancien chef de service ORL CHU Issad Hassani de Beni Messous
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