2026-05-30
Face à une épidémie qui dépasse désormais 60 000 nouveaux cas par an, l’Algérie accélère la décentralisation de ses structures oncologiques. De Béchar à Tiaret, en passant par Aïn Témouchent, Naâma et El Bayadh, les wilayas de l’Ouest et du Sud-Ouest se dotent d’équipements de pointe pour soigner sans obliger les patients à parcourir des centaines de kilomètres.
Une épidémie qui s’emballe, une stratégie qui s’adapte
Le cancer est devenu un enjeu de santé publique majeur en Algérie. Le pays enregistre chaque année 60 000 nouveaux cas de cancers, selon le rapport 2025 de la Cour des comptes, contre 42 000 en 2018, une progression alarmante qui témoigne de l’ampleur du défi. L’Algérie met actuellement en œuvre un nouveau plan national de lutte contre le cancer pour la période 2023-2030, axé sur plusieurs volets essentiels : la prévention, la sensibilisation, le dépistage, le diagnostic précoce et le renforcement des infrastructures sanitaires.
Pour financer cette ambition, l’État a mis les moyens. Une enveloppe de 84 milliards de dinars a été allouée à la lutte contre le cancer, dont 66 % destinés à l’acquisition de médicaments innovants. Le Fonds national de lutte contre le cancer bénéficie d’une allocation annuelle portée à 70 milliards de dinars, voire 80 milliards selon certains communiqués officiels, pour moderniser les plateaux techniques, étendre la radiothérapie et assurer une couverture plus équitable sur l’ensemble du territoire.
C’est dans ce cadre que les wilayas de l’Ouest et du Sud-Ouest connaissent une dynamique sans précédent.
Béchar, troisième pôle pédiatrique national
Chef de file de cette transformation régionale, la wilaya de Béchar s’est imposée comme un véritable pôle de référence. Le centre de lutte contre le cancer, mis en service en 2019 sur une superficie de sept hectares, offre des prestations intégrées : radiothérapie, chirurgie, hématologie, IRM, mammographie et médecine nucléaire. Trois blocs chirurgicaux hautement équipés et un service de scintigraphie viennent compléter ce dispositif.
Sa distinction la plus marquante reste son service d’oncologie pédiatrique, troisième au niveau national après Alger et Oran, avec une capacité d’accueil de 90 patients. Une pharmacie, des laboratoires, une unité de préparation des médicaments et un système d’hôpital de jour en font une structure intégrée au sens plein du terme, capable de traiter les patients du grand Sud-Ouest sans les contraindre à rallier la capitale.
Tiaret inaugure, les accélérateurs arrivent
À Tiaret, le mois d’avril dernier a marqué l’ouverture d’une partie du centre régional de traitement du cancer. La structure dispose d’un service spécialisé en oncologie doté de 60 lits, encadré par trois médecins spécialistes en chimiothérapie et un quatrième en radiothérapie, appuyés par des équipes médicales et paramédicales. Le projet prévoit le renforcement du centre par trois nouveaux accélérateurs linéaires, équipements de pointe indispensables pour la radiothérapie de précision, afin d’améliorer la prise en charge des patients de la wilaya et des régions environnantes.
Aïn Témouchent : mille patients, seize spécialistes
La wilaya d’Aïn Témouchent fait figure de modèle dans l’organisation territoriale des soins. Trois unités de traitement du cancer sont déjà opérationnelles, réparties entre l’établissement public hospitalier Dr Benzerdjeb d’Aïn Témouchent et les hôpitaux d’El Amria et de Béni Saf. Ces structures prennent en charge plus d’un millier de patients, permettant de réduire significativement les transferts vers d’autres wilayas. Seize médecins spécialistes en oncologie supervisent ce dispositif, appuyés par des équipes paramédicales qualifiées. Une quatrième unité est en projet à l’hôpital de Hammam Bouhadjar pour densifier encore davantage le maillage.
Naâma et El Bayadh : soigner au cœur des steppes
Dans la wilaya de Naâma, deux unités de chimiothérapie et d’oncologie opèrent dans les hôpitaux de Mecheria et d’Aïn Sefra. Quatre médecins spécialistes en oncologie et hématologie y sont affectés, soutenus par des équipes paramédicales et des psychologues, une dimension du soin souvent négligée, qui témoigne d’une approche plus globale de l’accompagnement des patients.
À El Bayadh, l’unité de lutte contre le cancer de l’hôpital Mohamed Boudiaf, ouverte en 2014 avec 20 lits, poursuit une activité soutenue : plus de 55 consultations et suivis quotidiens, incluant des examens spécialisés et des séances de chimiothérapie. Le service assure aussi des prestations de diagnostic par radiologie, mammographie, scanner et analyses biologiques, et dispose d’une ambulance médicalisée pour le transport des patients. Quant à la toute nouvelle wilaya d’El Abiodh Sidi Cheikh, promue au rang de wilaya de plein exercice, elle bénéficiera prochainement d’une unité spécialisée dans le traitement du cancer.
Une ambition à la hauteur des chiffres
Lors des Assises nationales de prévention et de lutte contre le cancer tenues en mai 2025 à Alger, 22 sous-commissions ont été installées sous l’égide du ministère de la Santé pour élaborer une stratégie décennale 2025-2035, axée sur la prévention, le diagnostic et la prise en charge thérapeutique, avec parmi ses objectifs prioritaires le renforcement des parcours de soins et la réintégration sociale post-cancer.
La démarche engagée dans les wilayas de l’Ouest et du Sud-Ouest illustre concrètement cette ambition : rapprocher les soins des malades, désengorger les grands centres universitaires d’Alger et d’Oran, et faire en sorte qu’un patient de Naâma ou d’El Bayadh reçoive un traitement comparable à celui d’un malade de la capitale. Un impératif d’équité territoriale autant que sanitaire.
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