2026-06-14
Le secteur des compléments alimentaires franchit une nouvelle étape de son développement. Réunis à l’hôtel El Aurassi à Alger, industriels, pharmaciens, médecins et experts du domaine ont officiellement annoncé la création de l’Association nationale des producteurs algériens de compléments alimentaires (APACA), une structure qui ambitionne de fédérer les acteurs de la filière, promouvoir la qualité et accompagner l’encadrement réglementaire de ce marché en pleine expansion.
Dans une allocution marquée par une volonté de structuration et de professionnalisation du secteur, le président de l’association, le Dr Mejdi Soussi, a souligné que l’APACA n’est pas «une simple organisation professionnelle supplémentaire», mais «un projet collectif portant une vision claire pour l’avenir de cette industrie stratégique». «Le secteur des compléments alimentaires connaît une croissance rapide en Algérie, tant par le nombre de producteurs que par la diversité des produits proposés. Toutefois, cette évolution nécessite aujourd’hui un cadre organisé, une représentation professionnelle forte et une vision commune», a-t-il déclaré devant un parterre de professionnels.
Selon les responsables de la nouvelle association, l’APACA entend devenir l’interlocuteur privilégié des pouvoirs publics sur les questions relatives aux compléments alimentaires. Parmi ses priorités figurent la promotion de la qualité, la mise en place de référentiels techniques, l’encouragement de la concurrence loyale ainsi que le développement de la formation continue au profit des opérateurs du secteur.
Le président de l’association a également insisté sur la nécessité de compléter l’arsenal réglementaire encadrant cette activité.
«L’organisation du marché ne constitue pas une contrainte pour l’investisseur sérieux. Au contraire, elle représente la condition indispensable à l’émergence d’une industrie durable, capable de protéger le consommateur tout en favorisant l’innovation et l’investissement», a-t-il affirmé.
L’APACA plaide ainsi pour une définition claire des compléments alimentaires, des procédures harmonisées d’autorisation et de commercialisation ainsi qu’un renforcement des mécanismes de contrôle afin de lutter contre les produits non conformes et les pratiques informelles.
La sensibilisation du consommateur constitue également l’un des principaux axes d’action de l’association.
«Le consommateur doit pouvoir distinguer un produit conforme aux normes scientifiques et réglementaires d’un produit qui ne l’est pas», a souligné le Dr Souci, rappelant que la confiance constitue le fondement même du développement du marché.
Pour les responsables de l’APACA, la diffusion d’une véritable culture de la prévention et de la santé représente un enjeu majeur dans un contexte marqué par la progression des maladies chroniques et l’intérêt croissant des citoyens pour le bien-être et la nutrition.
Ce n’ est pas un phénomène de mode
Invitée à intervenir lors de la rencontre, la professeure Lynda Aït Ahmed a replacé le développement des compléments alimentaires dans une perspective scientifique et historique.
«Les compléments alimentaires ne sont pas un phénomène de mode», a-t-elle affirmé, rappelant que la relation entre alimentation et santé est au cœur des réflexions médicales depuis plusieurs siècles. Elle a notamment évoqué les avancées scientifiques liées au stress oxydatif, à la nutrition préventive et au rôle du microbiote intestinal dans la préservation de la santé. «Aujourd’hui, la médecine moderne accorde une place de plus en plus importante à la prévention. Les vitamines, les minéraux, les probiotiques et les substances nutritionnelles font désormais partie intégrante des stratégies visant à maintenir un bon état de santé et à améliorer la qualité de vie», a-t-elle expliqué. Selon elle, la pandémie de Covid-19 a contribué à accélérer cette prise de conscience à l’échelle mondiale, entraînant une forte progression de la demande pour les produits destinés au renforcement de l’immunité et à la prévention des maladies. La spécialiste a également mis en lumière l’importance économique du secteur. Le marché mondial des compléments alimentaires représente aujourd’hui plusieurs centaines de milliards de dollars et devrait continuer à enregistrer une croissance soutenue au cours de la prochaine décennie, porté par le vieillissement de la population, l’augmentation des maladies chroniques et l’évolution des habitudes alimentaires.
En Algérie, la filière reste encore en phase de structuration mais dispose d’atouts significatifs. La plupart des opérateurs sont des producteurs locaux et la distribution est essentiellement assurée à travers le réseau officinal, garantissant un niveau élevé de traçabilité et de sécurité pour les consommateurs.
Selon les estimations présentées lors de la rencontre, le marché mondial des compléments alimentaires représentait près de 203 milliards de dollars en 2024 et devrait atteindre 435 milliards de dollars à l’horizon 2034, soit plus du double en dix ans. Cette croissance est portée par l’intérêt croissant des consommateurs pour la prévention, le bien-être et le vieillissement en bonne santé. En Algérie, le marché des compléments alimentaires est estimé à près de 500 millions de dollars, selon plusieurs experts du secteur.
Si l’officine reste le lieu d’achat privilégié, le paysage de la distribution se fragmente. Les pharmacies dominent avec 48 % des parts de marché, portées par la confiance des consommateurs (76 % citent le conseil du pharmacien comme déterminant). Les boutiques bio et diététiques captent environ 17% du secteur. Le commerce en ligne connaît une progression rapide et représente déjà 21% des ventes.
Au-delà de l’organisation du marché national, l’APACA nourrit également des ambitions internationales. L’association souhaite accompagner l’émergence d’une industrie nationale compétitive capable de conquérir progressivement les marchés africains, arabes et internationaux.
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