2026-06-23

Supprimer tout le sucre de son alimentation : une idée reçue qui pourrait nuire à votre santé


On nous a longtemps répété que bannir le sucre de notre alimentation était le geste santé par excellence. Une nouvelle étude présentée au congrès annuel de la Société américaine d’endocrinologie vient bousculer cette certitude : éliminer totalement le sucre pourrait, dans certaines conditions, aggraver l’état métabolique plutôt que de l’améliorer. Un résultat qui invite à repenser notre rapport aux régimes d’exclusion.

La tyrannie du « manger propre »

Depuis des décennies, les données scientifiques établissent un lien solide entre la consommation excessive de sucre et la progression des maladies métaboliques, obésité, diabète de type 2, stéatose hépatique. Les recommandations de santé publique ont logiquement suivi, prônant une réduction drastique des sucres ajoutés dans l’alimentation quotidienne. Dans les sociétés actuelles, où les aliments ultra-transformés omniprésents déversent des quantités considérables de sucre à l’insu des consommateurs, ce message a trouvé un écho particulier.

Dans les sociétés actuelles, où les aliments ultra-transformés omniprésents déversent des quantités considérables de sucre à l’insu des consommateurs

De là est née une croyance tenace : si trop de sucre est toxique, zéro sucre serait parfait. Cette logique binaire a alimenté la vague du « clean eating », mouvement culturel qui promeut une alimentation épurée de toute substance jugée nocive. Mais la réalité biologique est, comme souvent, bien plus nuancée.

Ce que révèle l’expérience sur les souris

Des chercheurs du Dasman Diabetes Institute au Koweït ont présenté les résultats de leur étude lors du congrès ENDO 2026 à Chicago, en comparant deux groupes de souris soumis pendant seize semaines à un régime pauvre en graisses, avec ou sans saccharose. Les souris nourries sans sucre ont développé des troubles du contrôle glycémique et des modifications significatives de leur microbiome intestinal par rapport à celles qui avaient reçu du sucre.

Le constat est saisissant : les souris soumises au régime sans sucre n’ont pas pris de poids. Par les critères habituels de bonne santé, elles semblaient parfaitement normales. Pourtant, sous la surface, leur métabolisme s’était dérèglé.

Les souris soumises au régime sans sucre n’ont pas pris de poids. Par les critères habituels de bonne santé, elles semblaient parfaitement normales. Pourtant, sous la surface, leur métabolisme s’était dérèglé.

Les chercheurs ont observé des niveaux plus faibles de plusieurs bactéries bénéfiques soutenant la santé intestinale et régulant l’inflammation, dont le Lactobacillus murinus. Ils ont également noté une augmentation des bactéries associées aux maladies inflammatoires, accompagnée de signes d’inflammation dans le côlon. Les souris du groupe sans sucre ont aussi développé des signes de stéatose hépatique et d’inflammation du foie.

Le chercheur principal, Rasheed Ahmad, a résumé ainsi la portée de ces résultats : «Supprimer complètement le saccharose d’un régime pauvre en graisses peut perturber de manière inattendue la santé intestinale et favoriser l’inflammation et le dysfonctionnement métabolique, ce qui démontre que l’équilibre nutritionnel est plus important que la simple élimination du sucre».

Le microbiome intestinal, grand oublié des régimes extrêmes

Pour comprendre ces résultats, il faut regarder du côté des micro-organismes qui peuplent notre tube digestif. Certaines familles de bactéries bénéfiques dépendent des sucres simples pour survivre. Lorsqu’elles se nourrissent de glucides, elles produisent des métabolites essentiels qui maintiennent l’intégrité de la paroi intestinale et soutiennent la capacité de l’organisme à absorber les nutriments. Ces mêmes substances favorisent la libération d’hormones qui régulent l’appétit et améliorent la réponse à l’insuline.

Lorsqu’un régime sans sucre prive ces microbes de leur carburant, les cellules tapissant la paroi intestinale perdent leur principale source d’énergie. La barrière intestinale commence alors à se fragiliser. Les bactéries bénéfiques disparaissent, laissant la place à des souches pathogènes et résistantes au stress.

Lorsqu’un régime sans sucre prive ces microbes de leur carburant, les cellules tapissant la paroi intestinale perdent leur principale source d’énergie. La barrière intestinale commence alors à se fragiliser. Les bactéries bénéfiques disparaissent, laissant la place à des souches pathogènes et résistantes au stress. Ce déséquilibre provoque ce que les spécialistes appellent un « intestin perméable » ou « leaky gut » : les toxines bactériennes traversent la paroi endommagée, se répandent dans l’organisme et déclenchent une réponse inflammatoire intense.

Ahmad a également mis en perspective la portée à long terme de ces travaux : «Ces résultats pourraient à terme améliorer les stratégies de prévention et de prise en charge des troubles métaboliques, de la stéatose hépatique non alcoolique et des maladies inflammatoires chroniques».

Des limites à ne pas perdre de vue

Il convient de souligner les limites importantes de cette recherche. L’étude a été conduite sur un très petit nombre de souris par groupe, et les rongeurs présentent des systèmes digestifs fondamentalement différents de celui de l’être humain. Par ailleurs, le régime testé était strictement pauvre en graisses, ce qui le distingue radicalement des régimes occidentaux riches en graisses et en sucres qui sont au cœur de la crise des maladies chroniques. Autrement dit, pour une personne consommant un régime hypercalorique et hyperlipidique, réduire le sucre reste une décision bénéfique et parfaitement justifiée.

Ces résultats ne plaident pas pour un retour au sucre ajouté des aliments industriels. Ils plaident pour la nuance et contre les régimes d’élimination totale qui, au nom de la pureté alimentaire, pourraient appauvrir l’écosystème intestinal dont dépend une grande partie de notre santé.

Trois pistes concrètes pour protéger son microbiome

Plutôt que de traiter l’alimentation comme un exercice d’élimination extrême, les spécialistes recommandent d’offrir à son écosystème interne une variété large et équilibrée de nutriments.

Diversifier les sources de glucides est la première étape. Les bactéries intestinales ont besoin de différents types de carburant pour prospérer. Plutôt que de supprimer les glucides en bloc, mieux vaut consommer une grande variété de fruits, de légumes et de céréales. Les sucres naturels et les fibres complexes qu’ils contiennent maintiennent l’ensemble du microbiome en bonne santé.

Privilégier le sucre naturel au sucre industriel est la deuxième orientation à retenir. Si l’étude établit que le saccharose est nécessaire au maintien des bactéries intestinales, elle ne prône pas pour autant la consommation de sucres ajoutés dans les produits transformés. Atteindre les cinq portions quotidiennes de fruits et légumes recommandées suffit à apporter du saccharose sous une forme naturelle et bénéfique.

Réintroduire des aliments fermentés constitue la troisième voie. Pour ceux qui ont suivi un régime très pauvre en sucre, les aliments fermentés, kéfir, choucroute, yaourt nature contenant des ferments vivants, permettent de réensemencer le microbiome avec de bonnes bactéries.

Comme le résume l’équipe de chercheurs, «l’étude souligne l’importance de maintenir un équilibre des glucides alimentaires pour soutenir l’homéostasie intestinale et immunitaire». Un rappel salutaire à l’heure où les injonctions alimentaires rivalisent en radicalité.


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