2026-07-22
Et si une vitamine familière détenait une clé contre la maladie du foie gras, qui touche près d'un tiers de l'humanité ? Des chercheurs ont identifié un interrupteur moléculaire du foie et découvert que la vitamine B3 pourrait le désactiver. Une piste prometteuse, encore à confirmer chez l'humain.
Environ 30 % de la population mondiale est concernée par la stéatose hépatique associée à un dysfonctionnement métabolique, une affection étroitement liée à l'obésité et au diabète de type 2, qui peut évoluer silencieusement vers des lésions du foie. Malgré son poids croissant, les options thérapeutiques restent limitées. De nouveaux travaux pointent vers une cible inattendue, et vers une vitamine bien connue, qui pourraient changer la donne.
Une équipe dirigée par Jang Hyun Choi, à l'institut Unist, en collaboration avec des chercheurs de l'université nationale de Pusan et de l'hôpital universitaire d'Ulsan, a identifié une petite molécule d'ARN, le microARN-93 (miR-93), comme moteur central de la maladie. Ce microARN agirait comme un interrupteur perturbant la façon dont le foie traite les graisses.
Les microARN sont de courts brins d'ARN qui ajustent finement l'activité des gènes. Ici, le miR-93 a été retrouvé à des niveaux anormalement élevés dans le foie de patients atteints, comme chez des souris nourries d'un régime riche en graisses et en fructose, un mélange reproduisant les habitudes alimentaires modernes. Ce taux élevé entrave la capacité du foie à décomposer les graisses, en bloquant un gène nommé SIRT1, qui aide à réguler l'usage de l'énergie et le métabolisme des lipides.
Cette perturbation a des effets étendus. Quand SIRT1 est réprimé, le foie se met à stocker les graisses au lieu de les brûler. Les chercheurs ont constaté que le miR-93 modifie aussi des voies métaboliques plus larges, réduisant l'oxydation des acides gras tout en favorisant la production de cholestérol. Il affaiblit par ailleurs une voie de signalisation clé, qui aide normalement les cellules à répondre au stress énergétique et à maintenir leur équilibre.
Pour vérifier si inverser ce processus améliorait la santé du foie, l'équipe a créé des souris incapables de produire du miR-93. Même soumises à un régime riche en graisses et en fructose, ces souris ont développé bien moins de graisse dans le foie. Elles présentaient aussi un meilleur contrôle de la glycémie et une fonction mitochondriale améliorée, signes d'un métabolisme énergétique plus sain.
Les chercheurs ont ensuite passé au crible 150 médicaments déjà approuvés pour trouver ceux capables d'abaisser le miR-93. La niacine, autrement dit la vitamine B3, s'est révélée la plus efficace. Chez les souris traitées, elle a réduit les niveaux de miR-93, restauré l'activité de SIRT1 et réactivé les mécanismes de combustion des graisses du foie. En conséquence, l'accumulation de graisse a diminué et la fonction métabolique s'est globalement améliorée.
La niacine étant déjà largement utilisée pour gérer un taux de cholestérol élevé, elle pourrait constituer un candidat intéressant pour un repositionnement thérapeutique. Les chercheurs précisent toutefois que ses effets chez les patients devront être confirmés par des études cliniques,d'autant que de fortes doses de niacine peuvent entraîner des effets indésirables et doivent être encadrées avec soin.
Cette étude, publiée dans la revue Metabolism, élucide précisément l'origine moléculaire de la maladie et montre le potentiel d'un repositionnement d'un composé vitaminique déjà approuvé pour moduler cette voie, souligne l'équipe. La niacine étant un médicament bien établi et sûr pour traiter l'excès de lipides sanguins, elle se présente comme un candidat prometteur pour des thérapies combinées ciblant ces mécanismes.
Une étude clinique connexe est déjà en cours, menée par l'université de Sherbrooke. Cet essai randomisé examine comment la niacine influence la répartition des graisses et les réponses métaboliques chez des personnes atteintes, en cherchant notamment à savoir si elle peut détourner les acides gras du foie. Ses résultats aideront à déterminer si cette approche se traduit par des bénéfices mesurables chez les patients.
Ce sujet aborde des travaux de recherche menés en grande partie sur des modèles animaux, dont les effets restent à confirmer chez l'humain. Il ne constitue pas une incitation à l'automédication : les fortes doses de niacine pouvant présenter des risques, toute question relative au foie ou à la prise de compléments doit être discutée avec un professionnel de santé.
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