2026-08-11
De l’allongement de l’espérance de vie au recul de la mortalité maternelle et infantile
En passant par la baisse de la tuberculose et l’élargissement de la couverture sanitaire, l’Algérie, qui vient de présenter, dans le cadre de l’Agenda 2030 des Nations unies, son Rapport national volontaire 2026 consacré à la mise en œuvre des Objectifs de développement durable (ODD), met en avant une série d’indicateurs qui témoignent, on ne peut plus clairement, des avancées notables de son système de santé. Le rapport laisse, néanmoins, comprendre que le défi consiste, désormais, à consolider ces acquis, tout en répondant à la montée des maladies chroniques, aux disparités territoriales et à la transformation numérique du secteur.
Dans la partie dudit Rapport, consacrée à la «bonne santé et au bien-être», l’Algérie a d’emblée affirmé que la santé demeure l’un des piliers de son modèle social. Le document rappelle que la santé est considérée comme «un droit constitutionnel» et que le système public universel et gratuit pour les soins de base constitue l’un des fondements du contrat social depuis l’indépendance. Les chiffres présentés par le gouvernement dessinent une trajectoire globalement positive depuis 2015. L’espérance de vie à la naissance est ainsi passée de 77,1 ans en 2015 à 79,6 ans en 2023, soit un gain de 2,5 années en huit ans. Le rapport attribue cette progression à l’effet cumulé de la politique sanitaire universelle, de l’amélioration des conditions de vie, de l’accès à l’eau potable et de la vaccination. À l’horizon 2030, l’ambition affichée est de franchir le seuil des 80 ans.
Mortalité : des indicateurs en nette amélioration
La réduction de la mortalité maternelle figure parmi les avancées mises en avant. Le taux de mortalité maternelle est passé de 60,5 décès pour 100 000 naissances vivantes en 2015 à 48,5 en 2019, soit une diminution de 20% en quatre ans. Le rapport explique cette évolution par la généralisation du suivi prénatal, le développement des maternités de proximité, la prise en charge des grossesses à risque dans les CHU et la formation continue des sages-femmes. L’objectif fixé pour 2030 est de ramener ce taux sous la barre des 30 décès pour 100 000 naissances. Sur le front de la mortalité infantile, la tendance est également à la baisse. Elle est passée de 22,3 décès pour 1 000 naissances en 2015 à 19,7 en 2024. Chez les enfants de moins de cinq ans, le taux a été ramené de 43 pour 1 000 en 2000 à 22,6 en 2023. L’Algérie se rapproche ainsi de sa cible de 2030, fixée à moins de 18 pour 1 000. Le rapport relève, toutefois, que la mortalité néonatale demeure un enjeu majeur : elle est passée de 16,2 pour 1 000 en 2015 à 13,8 en 2023, avec un objectif inférieur à 12 en 2030. La vaccination constitue, dans ce dispositif, un autre indicateur de performance. La couverture DTC3 des nourrissons a atteint 96% en 2024, contre 94% en 2015, dépassant déjà la cible de 95% fixée pour 2030. La couverture contre la rougeole atteint également 96%. Pour les autorités, ces résultats illustrent l’effectivité du Programme élargi de vaccination et la solidité du dispositif de santé publique.
Maladies transmissibles et pathologies chroniques : de progrès en progrès
La lutte contre les maladies transmissibles enregistre, elle aussi, des progrès remarquables. Dans ce sens, le rapport précise que l’incidence de la tuberculose a diminué de près de 30%, passant de 57,4 cas pour 100 000 habitants en 2015 à 39,9 en 2024. Le programme national repose notamment sur le dépistage actif, le traitement gratuit et la prévention dans les milieux à risque. L’objectif pour 2030 est de descendre sous 25 cas pour 100 000 habitants. Le VIH/sida conserve, pour sa part, une prévalence inférieure à 0,1%, selon le rapport. Mais la principale mutation du système sanitaire se situe, désormais, du côté des maladies non transmissibles. La dernière enquête MICS citée par le rapport, réalisée en 2019, indique que 20% des personnes âgées de 15 ans et plus souffrent d’au moins une maladie chronique. Cette proportion atteint 24,2% chez les femmes contre 16,6% chez les hommes. Chez les plus de 60 ans, elle se situe entre 50 et 70%. L’hypertension concerne 7,5% des plus de 15 ans et le diabète 5%. Diabète, hypertension, cancers, maladies cardiovasculaires et affections respiratoires chroniques occupent ainsi une place croissante dans le profil sanitaire du pays. Face à cette transition épidémiologique, l’Algérie s’appuie sur sa Stratégie nationale multisectorielle intégrée de lutte contre les maladies non transmissibles 2020-2030, articulée autour de la prévention, du dépistage précoce et de l’accès aux médicaments essentiels. Le tabagisme, la sédentarité, l’alimentation déséquilibrée et le stress urbain sont identifiés comme autant de facteurs à risque nécessitant une action préventive renforcée.
Infrastructures, ressources humaines et numérique : le prochain cap
L’amélioration des indicateurs sanitaires repose aussi, selon le RNV, sur un effort continu d’investissement public. Le nombre d’établissements publics hospitaliers est passé de 300 en 2016 à 360 en 2023, pour un total de 70 074 lits. Le maillage associe CHU, EHU, EPH, polycliniques et salles de soins, avec un effort particulier annoncé en direction des Hauts Plateaux et des wilayas du Sud.
Le renforcement des ressources humaines constitue un autre axe structurant. Le nombre de médecins pour 100 000 habitants est passé de 214 en 2010 à 244 en 2015, tandis que le corps médical a progressé de 35,1% entre 2015 et 2023. Plus de 110 facultés et écoles de santé participent à la formation des médecins, pharmaciens, chirurgiens-dentistes, sages-femmes et personnels paramédicaux. Le rapport reconnaît, cependant, la persistance d’un défi : assurer une meilleure disponibilité des spécialistes dans les zones enclavées.
La modernisation passe également par le numérique, note le rapport en présentant le dossier médical numérique, la télémédecine, la prise de rendez-vous en ligne, l’interconnexion des bases de données et la gestion électronique des médicaments comme les leviers d’un système plus accessible et plus efficient. Le document relève aussi que l’indice de couverture sanitaire universelle est déjà passé de 76 en 2015 à 82 en 2023, avec une cible de 90 ou plus à l’horizon 2030.
À cette transformation s’ajoute le développement de l’industrie pharmaceutique nationale, appelée, selon le rapport, à couvrir une part croissante des besoins en médicaments essentiels. Ainsi, pour le gouvernement, cette politique permet à la fois de renforcer la souveraineté sanitaire et de réduire la dépendance aux importations. A ce titre, le tableau de bord de l’ODD 3 révèle ainsi une double réalité, à savoir que l’Algérie peut s’appuyer sur des progrès mesurables en matière de longévité, de mortalité, de vaccination et de couverture sanitaire, mais doit, désormais, accélérer sur les maladies chroniques, la sécurité routière, les ressources spécialisées et les inégalités territoriales. Avec des cibles précises pour 2030, le prochain défi sera moins de démontrer les avancées que de transformer ces acquis en résultats durables et équitablement répartis sur l’ensemble du territoire.
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