2026-09-23
Le Pr Aït Messaoudene a insisté sur la nécessité de faire évoluer la lutte contre le cancer vers une approche davantage fondée sur la prévention.
La deuxième édition de la Conférence internationale sur le cancer s’est ouverte, hier, à l’hôtel El Aurassi à Alger. Organisée par la Fédération algérienne des associations de patients atteints de cancer (FAAPAC), en collaboration avec le ministère de la Santé, cette rencontre, prévue les 22 et 23 septembre, réunit experts, oncologues, praticiens, associations de patients et représentants de plusieurs secteurs autour d’un même enjeu : construire une prise en charge du cancer plus intégrée, depuis la prévention jusqu’au traitement et à l’accompagnement du patient. Placée sous le thème : «Pour une approche nationale globale de lutte contre le cancer : une complémentarité au service du patient», la Conférence entend traduire en actions concrètes l’approche nationale globale annoncée par le chef de l’Etat. Une démarche qui dépasse le seul cadre médical et associe notamment les ministères de la Santé, du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, de la Solidarité nationale, de la Famille et de la Condition de la femme, ainsi que de l’Industrie pharmaceutique. Dans son intervention, Mohamed-Seddik Aït Messaoudene, ministre de la Santé, a insisté sur la nécessité de faire évoluer la lutte contre le cancer vers une approche davantage fondée sur la prévention, le dépistage précoce, la recherche scientifique, l’innovation et l’amélioration du parcours de soins.
L’enjeu est considérable. Selon les données évoquées par le ministre, plus de 56 000 nouveaux cas de cancer ont été enregistrés en 2023. Une progression qui renforce, selon lui, la nécessité d’agir en amont de la maladie et de garantir aux patients un diagnostic et une prise en charge dans les meilleurs délais.
«Notre approche repose sur l’adoption de nouvelles méthodes de prise en charge, axées notamment sur la prévention, le dépistage précoce, le renforcement de la recherche scientifique et de l’innovation, ainsi que l’amélioration des parcours de soins», a-t-il souligné. Cette orientation place ainsi le dépistage au centre de la stratégie nationale. Les expériences pilotes conduites à Biskra pour le cancer du sein et à Batna pour le cancer du côlon figurent d’ailleurs parmi les sujets abordés durant les deux jours de la Conférence.
Le ministre a également mis en avant les moyens mobilisés pour développer les capacités nationales de traitement. L’Algérie dispose aujourd’hui, selon les chiffres présentés lors de son intervention, de 15 centres de traitement du cancer et de 24 centres de radiothérapie, auxquels s’ajoutent différentes structures spécialisées. Le renforcement de la radiothérapie figure parmi les axes développés ces dernières années, avec notamment l’acquisition de 61 accélérateurs linéaires. A ces équipements s’ajoutent les efforts consacrés au diagnostic avancé. Le ministre a annoncé la mise en service prochaine d’un appareil de tomographie par émission de positons (TEP/PET-scan), prévue avant la fin de l’année.
Cet équipement doit contribuer à améliorer le diagnostic, le bilan d’extension et le suivi de certains cancers. La prise en charge ne saurait toutefois se limiter aux infrastructures. Elle suppose également la disponibilité permanente des médicaments et des consommables nécessaires. Le ministre a ainsi insisté sur le renforcement du suivi, de la coordination et de l’anticipation des besoins, afin d’éviter les ruptures susceptibles de perturber les parcours thérapeutiques.
L’effort est également financier. Plus de 73 milliards de dinars ont été consacrés à la prise en charge des patients atteints de cancer, selon les données communiquées par le ministre, auxquels s’ajoutent les crédits destinés au renforcement des structures et des équipements. Pour le ministère, l’objectif est de garantir une prise en charge plus équitable sur l’ensemble du territoire et de réduire les disparités d’accès aux soins. Cette ambition rejoint l’un des objectifs centraux de la Conférence : faire du patient le point de convergence de l’ensemble des politiques publiques liées au cancer. Cette approche globale comporte également un volet industriel. Intervenant lors de la conférence, Ouacim Kouidri, ministre de l’Industrie pharmaceutique, a placé la production nationale de médicaments anticancéreux au cœur des efforts visant à renforcer la sécurité sanitaire et la souveraineté pharmaceutique du pays. Depuis la création du ministère de l’Industrie pharmaceutique en 2020, l’Algérie cherche à développer ses capacités nationales de production et à réduire progressivement sa dépendance aux importations, notamment pour les médicaments considérés comme essentiels. Le cancer occupe une place particulière dans cette stratégie. Selon les données présentées par le ministre, onze unités industrielles sont aujourd’hui engagées dans la production de médicaments anticancéreux. Le groupe Saidal figure parmi les opérateurs impliqués dans cette dynamique, avec notamment des projets portant sur la production de matières premières destinées à ces traitements.Le nombre de médicaments anticancéreux produits localement atteint environ 170, selon les chiffres communiqués lors de la rencontre. Au-delà de la production de médicaments finis, l’enjeu est désormais de remonter progressivement la chaîne de valeur pharmaceutique. Le développement de la production locale de matières premières doit permettre de réduire la dépendance extérieure et d’accroître les capacités nationales. «La production des médicaments destinés aux patients atteints de cancer revêt une importance particulière, compte tenu de leur caractère essentiel pour garantir une prise en charge rapide des malades et renforcer la sécurité sanitaire nationale», a souligné le ministre de l’Industrie pharmaceutique. Le volet pharmaceutique ne se limite pas à la fabrication. Le ministère entend également encourager l’investissement, les partenariats nationaux et internationaux, la recherche et le développement ainsi que les essais cliniques. La modernisation des procédures d’enregistrement et la mise en place de dispositifs spécifiques pour les essais cliniques doivent, selon le ministre, faciliter l’accès aux innovations thérapeutiques et accompagner l’évolution des traitements. Cette orientation concerne également le groupe Saidal qui développe des projets dans le domaine de la recherche et du développement, notamment autour de nouvelles molécules et de nouvelles solutions thérapeutiques destinées au traitement du cancer et d’autres maladies complexes. L’objectif affiché est de faire évoluer progressivement l’industrie pharmaceutique d’une logique essentiellement productive vers un modèle davantage fondé sur la recherche, l’innovation et la création de connaissances. Cette dimension industrielle complète ainsi le dispositif médical : prévenir davantage, diagnostiquer plus tôt, traiter plus efficacement, mais aussi garantir la disponibilité des médicaments nécessaires à la continuité des soins.
Autre chantier mis en avant : la numérisation du parcours thérapeutique. Le ministère de la Santé entend notamment poursuivre la numérisation des dossiers des patients, y compris ceux relatifs à leur prise en charge oncologique. L’objectif est de fluidifier la circulation de l’information, de réduire les délais et de permettre un meilleur suivi du patient, quel que soit son lieu de prise en charge. La Conférence consacre ainsi une table ronde spécifique à la numérisation du parcours thérapeutique, considérée comme un outil susceptible d’améliorer la coordination entre les différents intervenants. Le Pr Aït Messaoudene a également évoqué la nécessité de disposer de données fiables permettant de suivre les résultats, d’évaluer les dispositifs mis en place et d’orienter les décisions publiques.
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