2026-10-15

Analyses médicales : Quand les résultats sèment le doute

Analyses médicales : Quand les résultats sèment le doute

Un résultat d’analyse qui ne concorde pas avec l’état clinique d’un patient ne devrait pas conduire systématiquement à refaire les examens dans un autre laboratoire.»

C’est l’un des messages défendus lors de la 5e édition des Journées scientifiques internationales du Syndicat algérien des laboratoires d’analyses médicales (Salam), entamée hier à Alger et qui prendra fin aujourd’hui. Consacrée au thème «La concertation clinico-biologique au service du patient», cette édition met l’accent sur la nécessité de renforcer les échanges entre le médecin qui examine le malade et le biologiste qui réalise les analyses.

Il s’agit de confronter les résultats aux données cliniques avant de remettre en cause leur fiabilité ou de décider de les refaire ailleurs. Pour le professeur Farid Heddoum, chef du service de néphrologie au CHU Mustapha Pacha d’Alger, ces journées constituent «une première étape vers une collaboration plus régulière entre les deux professions».

Les moyens de communication actuels facilitent, selon lui, les contacts directs entre le médecin et le biologiste. «Lorsqu’un résultat lui paraît incompatible avec l’état de son patient, le praticien peut ainsi solliciter son confrère pour en discuter, au lieu de conclure immédiatement à une erreur ou d’orienter le malade vers un autre laboratoire», explique-t-il.

Le néphrologue met en garde contre les conséquences de ces remises en cause hâtives, qui peuvent semer le doute chez les patients, alimenter leur méfiance envers les laboratoires et les contraindre à engager des dépenses supplémentaires.

Pour lui, le dialogue entre les deux professionnels doit devenir «une pratique quotidienne, au bénéfice de la prise en charge du malade». Le Pr Heddoum soulève aussi la question du coût des analyses et de leur remboursement par la Sécurité sociale. Il rappelle que les tarifs de remboursement n’ont pas été révisés depuis 1985, alors que les laboratoires doivent faire face à l’évolution de leurs charges, notamment celles liées aux équipements et à leur entretien. Cette situation pose la question de l’adaptation des tarifs aux coûts actuels de réalisation des examens. Dans son intervention, le spécialiste a souligné l’importance d’une concertation régulière dans le suivi des maladies chroniques, notamment rénales.

Dépasser les cloisonnements

La comparaison des résultats dans le temps permet d’apprécier, précise-t-il, l’évolution de l’état du patient, mais elle peut être compliquée par les différences de méthodes et de techniques utilisées d’un laboratoire à l’autre. Il a ainsi recommandé, autant que possible, de poursuivre le suivi dans le même laboratoire afin de faciliter l’interprétation des variations observées.

De son côté, le Dr Adda, secrétaire général du Salam, rappelle qu’une discordance entre les résultats biologiques et les données cliniques ne signifie pas automatiquement qu’une erreur a été commise. Les différences peuvent notamment provenir des analyseurs, des réactifs ou des méthodes employés. Les contrôles de qualité internes et externes sont indispensables pour vérifier la fiabilité des résultats et détecter d’éventuelles anomalies.

«Lorsqu’un résultat paraît incohérent, le médecin doit prendre contact avec le biologiste pour examiner les causes possibles. Le laboratoire peut alors reprendre l’analyse à partir du sérum disponible, demander un nouveau prélèvement ou recourir à une méthode différente. L’objectif est de vérifier le résultat et d’en comprendre l’origine avant de multiplier les examens», a-t-elle expliqué. Lors des débats, l’importance pour les médecins de mieux connaître les méthodes et les conditions de réalisation des analyses a également été soulignée. «Les visites de laboratoires par les résidents et les assistants peuvent favoriser une meilleure compréhension du travail des biologistes et renforcer la coopération entre les deux professions, notamment dans le suivi des patients atteints de maladies rénales», ont-ils indiqué.

En réunissant des spécialistes de la néphrologie, de l’endocrinologie et de la biologie médicale, ces journées entendent ainsi rapprocher les pratiques cliniques et biologiques. L’enjeu est de mieux interpréter les résultats, de limiter les examens répétés sans nécessité et d’améliorer la prise en charge des patients.Nabila Amir

SALAM- ministre de la Santé : Une rencontre pour clarifier la réglementation

Le Syndicat algérien des laboratoires d’analyses médicales (Salam) évoque une éventuelle rencontre avec le ministre de la Santé pour discuter de l’exercice de la biologie médicale et des textes réglementaires encadrant la profession. La secrétaire générale du syndicat a indiqué hier, en marge des Journées scientifiques internationales du Salam, que des démarches avaient été engagées auprès du département ministériel afin d’aborder notamment les pratiques que le syndicat considère comme un exercice illégal de la biologie médicale. Le syndicat dénonce en particulier les prélèvements effectués dans certaines pharmacies et salles de soins. Il estime que ces pratiques soulèvent la question du respect de la réglementation et des conditions d’exercice de la biologie médicale. De son côté, le Pr Farid Heddoum a appelé à replacer le différend entre biologistes médicaux et pharmaciens dans son contexte historique et géographique. Pour le néphrologue, cette question doit également être examinée à la lumière de la répartition des compétences et des spécialistes sur le territoire national. Il a souligné que les besoins diffèrent d’une région à l’autre et que certaines zones éloignées ne disposent pas nécessairement de toutes les spécialités en biologie médicale. Le spécialiste a ainsi insisté sur la nécessité de tenir compte des réalités du terrain, rappelant que les laboratoires publics et privés emploient des médecins et des pharmaciens spécialisés en biologie médicale. L’enjeu est de concilier l’encadrement de la profession avec les besoins d’accès aux examens, tout en préservant l’intérêt du patient.

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