2026-10-15

Santé mentale : Plus d’un million de patients pris en charge, les addictions en hausse

Santé mentale : Plus d’un million de patients pris en charge, les addictions en hausse

Plus d’un million de patients suivis dans les hôpitaux, plus de 40 000 personnes ayant sollicité des soins pour une addiction en 2025

Les chiffres communiqués par le ministère de la Santé, mardi à Alger, à l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, témoignent de l’ampleur des besoins en matière de santé mentale en Algérie. Derrière ces données, les professionnels soulignent une réalité plus difficile à mesurer : de nombreuses personnes n’osent pas se présenter aux structures de soins, par crainte du jugement, par honte ou faute d’accompagnement. «Le nombre de personnes souffrant d’addiction dans notre société est important et tend à augmenter, notamment chez les enfants, les adolescents et les femmes», alerte sur Santé News Hanane Hussein, responsable du service de prise en charge des addictions à l’hôpital Aboubakr Errazi. Ces catégories, longtemps moins visibles, occupent désormais une place croissante dans les préoccupations des spécialistes.

Le phénomène reste, toutefois, difficile à quantifier dans son ensemble. Les plus de 40 000 personnes ayant demandé un traitement en 2025 ne représentent qu’une partie de la population concernée. «Ce chiffre correspond au nombre de personnes ayant demandé un traitement ; il ne représente donc pas l’ensemble des personnes souffrant d’addiction», a précisé Mohamed Chekali, sous-directeur chargé de la promotion de la santé mentale au ministère de la Santé.

Cette progression des addictions intervient dans un contexte marqué par l’ampleur prise par le trafic de stupéfiants et de substances psychotropes en Algérie. Rappelons que des saisies de quantités – parfois industrielles – de ce type de drogues sont régulièrement réalisées par les services de sécurité algériens dans ce qui est désormais considéré comme une «guerre» contre le narcotrafic. Selon les chiffres présentés en juin 2026 par l’Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie (ONLCDT), les saisies opérées en Algérie en 2025 ont atteint 43,4 millions de comprimés psychotropes, 37,239 tonnes de cannabis et près de 1,462 tonne de cocaïne.

Si ces saisies ne suffisent pas, à elles seules, de mesurer l’évolution de la consommation, elles témoignent de l’ampleur du phénomène et des défis auxquels sont confrontées les autorités sanitaires et sécuritaires.

La stigmatisation constitue l’un des principaux obstacles à l’accès aux soins. Selon Hanane Hussein, pour chaque homme dépendant qui se présente pour être traité, «sept autres ne parviendraient pas à entreprendre une démarche thérapeutique». Chez les femmes, elle évoque un rapport «d’une patiente prise en charge pour dix-huit qui ne consultent pas». Des proportions qu’elle rapporte à des statistiques internationales et qui illustrent, selon elle, le poids du regard social. «Les personnes concernées ont peur d’être jugées ou de fréquenter les centres de traitement», explique-t-elle. Certaines tentent alors d’arrêter seules leur consommation, au risque de complications liées au sevrage, avant de reprendre. Les conséquences peuvent être physiques et psychologiques, notamment chez les personnes qui consomment des drogues par injection et s’exposent à des infections comme les hépatites.

Le plan national prolongé jusqu’en 2030

Pour faire face à cette situation, le ministère de la Santé a mis en place un réseau comprenant environ 50 centres de consultation externes et cinq centres hospitaliers spécialisés dans la prise en charge des addictions. Les femmes représenteraient près de 2% des personnes dépendantes, selon Mohamed Chekali qui souligne, néanmoins, une tendance à la hausse.

Des avancées ont également été enregistrées dans les traitements. Plus de 400 patients bénéficient actuellement d’un traitement de substitution aux opioïdes, présenté par les autorités comme une nouvelle étape dans la diversification des réponses thérapeutiques. La prise en charge doit, cependant, tenir compte de la diversité des consommations et des besoins individuels, notamment pour les personnes dépendantes au cannabis ou à d’autres substances.

Au-delà des structures médicales, les familles et la société civile sont appelées à jouer un rôle essentiel pour encourager les personnes concernées à consulter. L’enjeu est aussi de réduire la stigmatisation, afin que la demande de soins ne soit plus vécue comme un aveu difficile à assumer.

Cette mobilisation entre dans le cadre de l’évaluation du Plan national de promotion de la santé mentale, initialement prévu pour la période 2017-2020 et prolongé jusqu’en 2030. La pandémie de la Covid-19 a perturbé sa mise en œuvre, certaines activités ayant été interrompues avant une reprise en 2023, explique encore Mohamed Chekali.

L’évaluation menée cette année vise à identifier les mesures prises, les retards accumulés et les insuffisances à corriger.

Dans une allocution lue en son nom par Réda Khalil Hadj Maati, chef de cabinet du ministère de la Santé, le ministre Mohamed Seddik Aït Messaoudène a réaffirmé la volonté de consolider la place de la santé mentale dans le système de santé publique. Le plan national ambitionne de «renforcer le bien-être psychologique», de développer la prévention et la prise en charge et d’améliorer la coordination entre les intervenants.

Parmi les progrès mis en avant figurent le renforcement de la prise en charge des enfants et des adolescents, l’adoption du Plan national autisme en 2025 et l’élargissement des services dédiés aux addictions. Les autorités reconnaissent, néanmoins, la nécessité d’une réponse basée sur un suivi régulier et des indicateurs permettant de mesurer les résultats sur le terrain.

Quatre orientations doivent guider la prochaine étape, selon le ministre : donner la priorité à la prévention et au dépistage précoce, développer les services de santé mentale et les soins de proximité, renforcer la coordination entre les secteurs concernés et adapter les interventions aux différentes étapes de la vie ainsi qu’aux besoins de la société algérienne.

La proximité est, de ce fait, appelée à occuper une place centrale dans cette stratégie, afin de faciliter l’accès aux soins et favoriser l’insertion sociale des personnes souffrant de troubles mentaux.

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