Covid-19 : La chloroquine autorisée à l’hôpital pour le traitement des formes graves uniquement

    Covid-19 : La chloroquine autorisée à l’hôpital pour le traitement des formes graves uniquement

     Les autorités autorisent l'hydroxychloroquine à l’hôpital, dans la prise en charge des formes graves de Covid-19, a précisé le ministre de la santé, Olivier Véran.

    Suite aux prises de position de personnalités politiques telles que l'élue Valérie Boyer en faveur de l'autorisation de la  chloroquine dans le traitement du Covid-19, aux manifestations d'enthousiasme du président des Etats-Unis Donald Trump vis-à-vis de ce médicament et à la décision du Professeur  Didier Raoult et de son équipe d'administrer un traitement associant azithromycine et hydroxychloroquine "à tous les patients infectés […] au plus tôt de la maladie, dès le diagnostic", les autorités ont autorisé le 24 mars 2020 l'utilisation de l'hydroxychloroquine pour traiter des malades infectés par le virus SARS-CoV-2 communément appelé Covid-19. L'hydroxychloroquine reste cependant réservée aux personnes présentant des formes graves de la maladie, prises en charge à l'hôpital.

     

     Une molécule administrée sous surveillance stricte

    Lors de son  point presse du 23 mars 2020, le ministre de la Santé  Olivier Véran a rapporté quelques éléments d'un avis formulé par le Haut conseil de la santé publique (HCSP) concernant l'utilisation de l'hydroxychloroquine dans la prise en charge médicamenteuse des patients atteints par le Covid-19. D'après cet avis, ce médicament dont la première indication concerne la lutte contre le paludisme ne devrait être proposé qu'aux malades présentant des formes sévères de Covid-19 prises en charge à l'hôpital. "Le Haut conseil recommande de ne pas utiliser ce traitement en l'absence de recommandation, à l'exception de formes graves, hospitalières, sur décision collégiale des médecins et sous surveillance stricte", a en effet annoncé le ministre. "[Le comité scientifique de ce conseil d'experts] exclut [ainsi] toute prescription dans la population générale ou pour des formes non sévères à ce stade, en l'absence de toute donnée probante", a-t-il ajouté.

    C'est que, d'après la revue médicale indépendante  Prescrire, "on ne dispose pas [au 23 mars 2020] de résultats d'essai pertinent montrant une éventuelle efficacité de l'hydroxychloroquine associée ou non avec l'azithromycine". D'après Prescrire, si l'efficacité du médicament n'a pas été encore rigoureusement mise en évidence, son inocuité n'a pas non plus été prouvée dans la prise en charge des patients atteints de Covid-19 : des effets négatifs sur la progression de l'infection pourraient exister.  Le médicament est par ailleurs connu pour certains de ses effets indésirables qui nécessiteraient, après administration à des patients affaiblis par l'infection et présentant de facteurs de risque de complications, de mettre en place certaines précautions d'usage. L'utilisation de l'hydroxychloroquine dans la prise en charge du Covid-19 devant être encore évaluée et nécessitant une certaine surveillance des patients mais ne pouvant pas éthiquement être refusée à des personnes sans autres alternatives, elle est pour le moment limitée au milieu hospitalier et réservée aux individus les plus sévèrement atteints par la maladie.

    Afin d'encadrer le plus précisément possible le recours à ce traitement, Olivier Véran a par ailleurs affirmé qu'il prendra rapidement un arrêté définissant l'utilisation hors AMM (en dehors des autorisations classiques pour lesquelles le médicament a été commercialisé) de l'hydroxychloroquine.

     

     Prendre en compte l'engouement international pour la chloroquine

    En fait, ces décisions gouvernementales tentent de répondre à des prises de paroles qui se sont multipliées notamment depuis le 20 mars en faveur de l'utilisation de la chloroquine et de ses dérivés. L'élue française Valérie Boyer s'est en effet exprimée dans la presse à plusieurs reprises afin de favoriser l'accès à la chloroquine pour les patients atteints comme elle de Covid-29. Donald Trump a également qualifié ce médicament de " don du ciel " dans son  point presse du 23 mars. Et des médecins tels que le chirurgien pédiatre  Olivier Badelon ont protesté contre l'arrivée tardive des mesures gouvernementales en matière d'accès à ce traitement.

    Mais c'est sans doute la décision du Professeur Didier Raoult et de son équipe d'administrer un traitement associant azithromycine et hydroxychloroquine "à tous les patients infectés […] au plus tôt de la maladie, dès le diagnostic" qui a été la plus entendue : cette décision, accompagnée de celle de tester "tous les malades fébriles qui viennent [les] consulter", a mené lundi 23 mars à un afflux important de patients vers l'Institut Méditerranée Infection où exercent ces médecins.

     

     Un appel à la prudence

    Les décisions des autorités tentent sans doute dans le même temps de prendre en compte la position d'autres voix qui appellent à la prudence : pour certains, attendre la publication des résultats d'essais cliniques menés rigoureusement sur de vastes cohortes de patients est nécessaire pour valider ou non le traitement par hydroxychloroquine. "Le HCSP incite les médecins à inclure le plus possible de malades dans les différents essais thérapeutiques en cours dans notre pays car c'est le moyen le plus sûr de déterminer rapidement si un traitement est efficace ou pas", a souligné le ministre Olivier Véran lors d'un point presse. "Je rappelle par ailleurs que d'importantes études cliniques portant sur 3200 malades en Europe et 800 malades en France sont en cours pour identifier le ou les traitements les plus efficaces et les rendre accessibles sans délai aux Français. […] Elles sont indispensables en France comme dans le reste du monde pour soigner les malades toujours avec la meilleure efficacité sans jamais les mettre en danger", a-t-il ajouté.

    Une des voix qui s'élèvent afin de demander un recours très mesuré à l'hydroxychloroquine en l'absence de résultats d'essais cliniques probants est celle de l'Assistance publique des hôpitaux de Paris (AP-HP). D'après l'AFP, ce groupement de 39 hôpitaux de la région parisienne aurait mis en garde dans un communiqué signé par son directeur Martin Hirsch contre "une utilisation désordonnée de multiples molécules sans contrôle et surtout sans possibilité de tirer des conclusions valides ". Plus précisément, l'AP-HP, par ailleurs engagée dans plusieurs études visant à trouver un traitement efficace contre le Covid-19, rappelle que les investigations cliniques ne peuvent mener à des conclusions acceptables sur le plan scientifique que si les patients qui y participent répondent à des critères préétablis et fixes. "[L'AP-HP] met [ainsi] solennellement en garde contre des utilisations non contrôlées de médicaments qui conduiraient non seulement à retarder le moment où il sera possible de trancher sur leur efficacité thérapeutique ou non (...) mais qui pourraient également compromettre toutes les autres études conduites ou à lancer", indique le communiqué. 

     

    Finalement entre don du ciel et médicament à considérer avec recul, dans un contexte de "guerre" contre la maladie où des actions doivent être conduites rapidement, l'hydroxychloroquine fait son entrée à l'hôpital dans les services accueillant des patients sévèrement atteints par le Covid-19.

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